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Du « Consentement fatal »... suite…

Poursuite de l’entretien « magistral », conduit par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001. Comme toujours notre « Maître d’Ecole » ne laisse rien dans l'ombre: de l'Europe, de l'Allemagne, des jeux américains, du Moyen-Orient, de la Russie... De la France qui paye et payera plus encore le prix de ses abandons... Le général Pierre Marie Gallois, dès 2001- pour ne pas dire plus avant encore…- prévoyait bien des désenchantements.

Près de dix années se sont écoulées. Des « crises » et encore des abandons… Belle est la moisson des illusions perdues. Notre « Maître d’Ecole » a poursuivi sa réflexion. Une quête exigeante dont il nous a remis les « fruits » qui nous permettront de vous présenter, « in fine », ce que le général Pierre Marie Gallois  appelle « l’origine de nos abaissements »…

Et vous ne manquerez pas d’être surpris… mais reprenons le cours du « Consentement fatal »…

Portemont, le 4 avril 2010

Essayons, si vous le voulez bien, de trouver le juste chemin. De nombreux spécialistes des relations internationales considèrent l'ordre souverain comme une chimère. Prenant acte de l'interdépendance accrue des États et de la globalisation, de l'économie et de la communication, ils préfèrent parier pour la souveraineté partagée et la responsabilité commune, voire universelle, plutôt que de se raccrocher à de vieilles lunes. À leurs yeux, il se cache derrière tout souverainiste un nostalgique. J'aimerais que vous précisiez votre point de vue. Maintenant que les Européens ont admis de se dessaisir d'une partie de leur souveraineté, n'est-il pas possible d'envisager son dépassement? L'histoire ne va pas s'arrêter. Vous dites que la France sort de l'histoire, mais elle est toujours là.
Qu'entendez-vous par cette expression, « sortir de l'histoire »?

« D'abord, pour préciser comme vous dites, ce que j'entends par « sortir de l'histoire », il faut savoir sur quoi s'exerce cette souveraineté. Commençons par la ramener à l'idée de nation. I1 ne s'agit pas de la souveraineté d'un empire, ni de celle d'une oligarchie pour l'instant, mais de la souveraineté d'une nation telle qu'elle résulte de plusieurs siècles d'évolution. Il est intéressant de rappeler que la nation a été créée par le milieu physique et par le temps. L'influence du milieu physique a abouti à rassembler des peuples d'origines différentes, de cultures différentes, d'histoires différentes, de langues différentes dans un même espace territorial, et le temps jouant il s'est trouvé que ces différentes ethnies ont peu à peu abandonné leur particularisme pour se fondre dans un particularisme supérieur qui est le particularisme national.
Renan, l'un des théoriciens de l'idée de nation, la considère comme un phénomène spirituel, romantique, émanant de l'époque.

Qu'est-ce qu'une nation ?
par
Ernest Renan
Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882

Je me propose d'analyser avec vous une idée, claire en apparence, mais qui prête aux plus dangereux malentendus. Les formes de la société humaine sont des plus variées.

La suite :

http://www.bmlisieux.com/archives/nation01.htm

Pour lui, ce fondement spirituel repose sur la continuité, il transcende les différents régimes et la nation peut survivre à des formes d'États différents. En 1789, nous avons, à cause de la Révolution française, étendu ce concept à l'Europe tout entière. Ensuite il a débordé, si bien que l'État-nation s'est matérialisé un peu partout dans le monde, et l'Europe en est l'inventeur. Mais cet État-nation ne subsiste que s'il est supporté, affirmé par un État lui-même souverain, d'où l'idée de souveraineté étatique qui présuppose la permanence de l'État-nation. Et cela par opposition aux empires où des peuples différents ayant conservé leurs cultures, leurs histoires n'ont pas fusionné et forment des ensembles fragiles qui ne survivent ensemble que par un excès d'autorité -police ou armée - ou par le désir de s'associer à une autorité supérieure qui récolte des succès économiques ou scientifiques dans le monde, ou les deux en même temps. La cohésion de l'Union soviétique a ainsi été maintenue à la fois, pour beaucoup, par la police mais aussi par le rayonnement qu'avait l'URSS à la suite de ses réalisations scientifiques, entre autres ses efforts dans le domaine spatial. Sa capacité à lancer le premier Spoutnik et à faire orbiter le premier homme dans l'espace était un élément du rassemblement de peuples divers sous une même autorité. Il y a donc bien une différence entre l'État-nation qui est la volonté des individus de vivre ensemble, sous la même loi, sans qu'il y ait d'autres incitations que l'incitation personnelle, et l'empire où une force exogène aux groupes s'exerce pour les rassembler sous une autorité ou pour les attirer par des avantages matériels ou moraux.

En Europe, il faut tenir compte, pour l'organisation des États-nations, de la différence entre les puissances de la terre, l'Allemagne en particulier, et les puissances de la mer: l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal et, dans une certaine mesure, la France et l'Italie qui ont eu des souverainetés différentes.

En effet, là encore, la géographie a son importance. Comme l'Allemagne n'a pas réellement de frontières naturelles - sauf au nord, la mer du Nord, et au sud, les Alpes, mais à l'est et à l'ouest, elle est une portion de la grande plaine du nord -elle a eu du mal à se transformer en Etat-nation.
Elle n'y est parvenue qu'entre 1864 et 1870. Pour l'Angleterre, c'est le contraire. Son insularité a d'emblée engendré une communauté d'intérêts et d'avantages particuliers qui l'a amenée à se constituer en Etat-nation assez rapidement. La Grande Charte date de 1215.

La Grande Charte, « Magna Carta », délivrée en 1225.

Venant après le statut de Guillaume le Conquérant, la Charte des libertés (1100) d'Henry 1er, censée reprendre les lois d'Édouard le Confesseur (donc, antérieures à la conquête normande), la charte d'Oxford accordée par Étienne de Blois (1136), la charte du couronnement d'Henry II (1154 ) et les constitutions de Clarendon (1164 - conflit avec Becket), la Magna Carta, la Grande Charte des libertés ne constitue pas la première tentative de limitation des pouvoirs du roi et de rappel des libertés des sujets.  Par la suite, ses dispositions ont été abrogées ou modifiées, et on trouve ailleurs des documents analogues. Mais justement elle s'inscrit dans une tradition exceptionnellement pérenne. Ainsi, la Magna Carta est à l'origine de trois idées essentielles, dont l'histoire anglaise à permis le développement : le gouvernement par la loi (rule of law), la séparation des pouvoirs grâce au lien entre l'impôt et la représentation au Parlement (pas de taxation sans représentation) et la garantie des libertés.

C'est aussi le cas du Portugal qui, coincé entre la mer et la puissance espagnole à l'arrière, s'est très tôt formé en Etat, vers 1150-1200. A suivi la France dont on peut dire qu'elle a été le lieu de naissance de l'État-nation avec comme symbole la bataille de Bouvines (1214):le roi de France est parti combattre les impériaux en laissant le trésor royal au Louvre, c'est-à-dire précisément en faisant la part entre sa fortune personnelle et la fortune de la nation naissante.

C'était l'embryon d'un partage entre l'Etat incarné ici par un pouvoir monarchique et la nation qui commençait à naître.

Plus tard, en France, la nation a pris forme en partie grâce aux textes de Bodin qui ont consacré le rayonnement du monarque, et en particulier avec l'édit de Villers-Cotterêts (1539) par lequel François Ier imposa la même langue à tous ses sujets.

Mais c'est dans le dictionnaire de l'Académie de 1694 que l'on trouve la première définition de l'Etat-nation. C'est elle qui sera reprise par Renan et par ses successeurs.

La formation de l'idée de l'État-nation a rencontré de nombreux obstacles, le conflit entre Rome et le Saint Empire romain germanique a duré plusieurs siècles...

Chacun se disputait une part de souveraineté. L’idée que l'État ne peut être qu'intégralement souverain, et que, s'il délègue une partie de sa souveraineté à un État extérieur, il ne l'est plus, provient de ce conflit. Nous avons aussi connu cette rivalité en France entre Philippe IV le Bel et Rome et elle s'est terminée par la victoire de Philippe le Bel avec la première séparation entre l'État séculier, l'État civil, et le monde de l'Église.

Il y a eu aussi l'opposition entre le monarque et les parlements.

Les parlements ont joué un rôle important autour des XVe-XVIIe siècles et jusqu'à la Révolution. Ils étaient, en effet, un frein à la formation de l'État-nation qui est allé en s'amenuisant. Comme à cette époque la souveraineté du monarque était celle de la nation, les parlements retardaient la formation de la souveraineté de la nation. Tous ces conflits, qu'ils soient exogènes, entre les États et Rome, ou internes aux États, entre l'État lui-même et son administration, ont abouti en 1789 à la Révolution française et à la première Constitution de 1791, dont le préambule est la Déclaration des droits de l'homme de 1789 où la nation est déclarée seule souveraine. Les élections relatives à l'adoption de cette Constitution concernaient une population active importante pour l'époque, 5 à 6 millions, qui ont voté majoritairement en sa faveur. Il y a donc eu osmose entre les membres du gouvernement de l'époque et la population française. Ensuite, cette Constitution de 1791, et la Ière République qui s'est ensuivie ont été inlassablement remises en question, par la monarchie, par l'empire, par la république, par des révolutions, par des révoltes et par des écoles de pensée nombreuses qui ont œuvré dans le sens d'un perfectionnement des acquis de la Révolution française.

Précédents articles :

Le prix de nos abandons et de nos lâchetés...

Europe Nous disons - Le 3 janvier 2010

Il fut un des  symboles de notre vieille nation, le coq...Il s'est mué en autruche. Mesurons-nous les conséquences de ces abandons, de ces lâchetés? Un homme, le général Pierre Marie Gallois, notre « Maître d'Ecole », est toujours là pour nous les rappeler! Des conséquences terribles... « Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

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« A vouloir se faire, l'Europe se défait. »

Politique France - Le 25 février 2010

Avec notre « Maître d'Ecole » poursuivons la lecture du « Consentement fatal ».
Quelques « paramètres » ont-ils changés? Bien peu...

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