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De « l'idée allemande »...

Une idée qui ne date pas d'hier, enracinée dans le « génie » allemand, dévastatrice  dès lors qu'elle se réveille. Une idée qui puise ses racines dans des anciens temps. Si, nombreux furent les hommes de nos temps difficiles, soit ignorants, soit « autruches », au début du mois de mars 1942, en « poste » à Marrakech, un Français bien qu’accablé par la défaite, l’occupation et le pillage de son pays entendait résister.

Pierre Marie Gallois

Première phase : expliquer, historiquement, les raisons de l’irréductible hostilité de l’Allemagne à l’encontre de la France… Un jeune officier, « professeur » hors du commun s’improvisait : Pierre Marie Gallois ! Notre « Maître d’Ecole »…

S’appuyant sur les ouvrages d’historiens incontestables - Edmond Vermeil, Bainville, Benoist-Méchin -, en quelques semaines, le jeune officier d’alors remonte aux sources de « l’idée allemande ». Lecture incontournable, toujours d’actualité…

Portemont, le 17 février 2010

« Sommes-nous cloués au sol?
Toujours un moyen de combattre... »

Premier exposé

« Vers le fracas des mots »

Lorsque ces conférences furent prononcées les circonstances étaient telles qu'un discours - provoqué par le commandement, soucieux d'occuper le personnel privé d'entraînement aérien - eut un retentissement inattendu. Quelques pages, peut-être mêmes quelques phrases, suffirent à mobiliser la hiérarchie contre le perturbateur.
Pourtant, ainsi qu'il l'a été écrit précédemment, ces exposés reposaient sur les publications d'historiens ou de politiques à l'incontestable compétence.
L'auditoire, comme d'ailleurs, « l'orateur» n'avaient que de vagues informations sur les événements survenus en Allemagne après la défaite de ses armes. Aussi les germanistes, trouveront-ils élémentaire cette tentative d'explication du bellicisme allemand.
Mais il était à la mesure d'une formation militaire peu soucieuse d'Histoire et de Politique. Enfin, il faut tenir compte du désarroi – et le mot est faible - dans lequel devait vivre une armée vaincue.
Le premier exposé avait été précédé des quelques mots de présentation qui suivent:

Mon Colonel, Messieurs,
Je remercie le commandant Emery de m'avoir permis cet essai d'explication du monde moderne tel qu'il se présente à nous après notre défaite. Si vous le permettez trois causeries seront consacrées à l'Allemagne, une à l'Italie, une à l'Espagne, une à la Russie.
Mes ambitions étaient plus modestes. En nous réunissant quatre fois ici, je pensais pouvoir passer en revue ces quatre pays.
J'ai commencé à étudier le phénomène allemand; le sujet m'a paru bien grand. Plus j'ai fouillé, plus j'ai cherché la synthèse, plus j'ai découvert que les faits actuels n'étaient pas l'œuvre d'une Révolution spontanée, mais qu'ils plongeaient leur racine très loin dans l'Histoire. Honnêtement j'ai poursuivi et me voici devant un monceau de feuillets dont je n'ai su distraire un seul.
J'éprouverai votre patience. Si l'ennui vient mettez-le sur compte du lecteur. Il n'a pas encore suivi les cours de diction prévus par l'Instruction n° 2500/AFN du 15.10.41.

La nature a donné à l'Allemagne un singulier territoire. S'il est divers c'est pour opposer au nord plat et humide un midi montagneux et continental. S'il est étendu, il n'est limité par aucune frontière
naturelle, sauf au nord par une mer fermée, et au sud par des montagnes aux nombreuses trouées que Germains ou Romains ont tour à tour utilisées pour leurs mutuelles invasions.

Largement ouverte à l'ouest ou à l'est, c'est une terre de passage sur laquelle les peuples les plus divers se sont tour à tour fixés, laissant des groupes ethniques complexes. Bien que l'Allemagne actuelle établisse sa supériorité sur la pureté de sa race, peu de nations au monde constituant un tel agglomérat: orientaux, nordiques, dinariques, slaves s'y sont fondus.
Gobineau, dont les Allemands ont modifié l'argumentation à leur profit, avait établi que la race élue, celle des dolichocéphales au crâne allongé, au type grand, blond et aux yeux bleus avait survécu en Scandinavie, en France septentrionale, en Grande-Bretagne, Islande et au Hanovre. Le noyau aryen du Hanovre, les racistes allemands l'ont étendu à toute l'Allemagne. Cette petite falsification qui nous a paru vraie un demi-siècle, bien anodine, est maintenant 1'assise du mouvement nazi allemand.

Les grands fleuves allemands convenablement orientés ont facilité la pénétration des barbares à l'intérieur du pays. Chassés au nord par la faim ou le froid, ils se sont installés en Germanie comme sur une position de départ. Son sol pauvre qui déçoit si un labeur acharné n'y fait naître de quoi vivre, les envahisseurs ne tardent à s'en détacher  pour des climats plus chauds, des sols plus riches.
Dès qu'ils auront la révélation de la douceur d'y vivre, ils y reviendront. Peut-être, peut-on voir dans ces migrations l'explication de l'attrait qu'exerceraient sur le peuple allemand les terres si riches de l'ouest ou de l'Italie septentrionale.

Alors que l'Allemagne était occupée par des Celtes, les futurs Allemands rassemblés au Danemark se ruèrent vers le sud.

Berceau proto-germanique lors du premier âge du fer. Au sud se trouvent les celtes.

Peuples de nomades pillards, ils adoraient des dieux sanglants et n'aimaient que 1a guerre. « C'étaient de grands enfants nous racontent avec indulgence leurs historiens les plus compétents. Ils cassaient les hommes comme des jouets ». (Bonnefon-Histoire de l'Allemagne)

Tacite les juge plus sévèrement: sales et bêtes, dit-il d'eux.

César qui s'y connaissait, s'étonnait de leur passion pour la guerre, de leur furie de pillage et de la prétention qu'ils avaient d'occuper les territoires qui leur semblait nécessaire à leur besoin. Ils se différenciaient déjà des Gaulois frères en barbarie. Alors que ces derniers cultivaient avec soin leur terre et s'entouraient d'un luxe primitif, les Germains jetaient vases et armes ciselés dans le Rhin pour plaire à leurs dieux. Ils trouvaient déjà que ces marques de civilisation étaient génératrices de faiblesse.

« Barbare des peuplades bordant le limes romain, en Germanie »

Organisant une expédition contre les Thuringe, un fils de Clovis exhorte ainsi ses guerriers: « Se ruant sur nos pères ils leurs ravirent tout. Ils suspendirent leurs enfants aux arbres par le nerf de la cuisse. Ils firent mourir plus de deux cents jeunes filles d'une mort cruelle: les unes furent attachées par les bras sur des chevaux qui pressés d'un aiguillon les mirent en pièce : les autres furent étendues sur les ornières des chemins et clouées en terre avec des pierres, des charrettes lourdement chargées passèrent sur elles. Leurs os furent brisés et on donna leurs restes en pâture aux corbeaux et aux chiens » (Loiseau-Histoire du Pangermanisme)

Ainsi nos relations de voisinage débutaient mal.

L’empire romain en 461

Plus tard, lorsqu'ils descendirent en Italie leur pénétration ne fut pas plus pacifique.

Ferdinand Gregorovius

Gregorovius, un de leurs historiens raconte l'effroi des populations d'outre-monts lorsque leur pesante armée débouchait des cols: « composée de rudes hommes de guerre du nord, l'armée impériale était 1a terreur de ces populations du sud, plus douces et plus polies. A l'aspect de ces multitudes affamées et avides, elles se demandaient avec douleur pourquoi leur beau pays était éternellement condamné à cette domination sauvage, et elles recevaient avec une haine implacable ces hordes qui traversaient leurs villes comme un torrent dévastateur, pour aller à Rome. Mais la Majesté Tudesque d'un César du moyen âge voyait avec un visage d'airain, ces villes fumantes, ces champs piétinés par sa lourde cavalerie, ces routes couvertes de cadavres et ces prisons remplies de contempteurs de sa royauté barbare. Il prenait pour l'accompagnement obligé de son voyage à Rome ces scènes désolantes, ces bourgeois des villes prosternés dans la poussière devant son trône, tremblaient, et l'épée pendue au col, pendant que la flamme de leurs maisons croulantes éclairait encore leur pâle visage »( Dumesnil-Le Germaniste)

L'Allemagne en 1176

Pourtant, si l'œuvre de Charlemagne, l'union sous une même couronne, des Francs de Gaule et de Germanie, avait survécu, ces deux peuples eussent connus une grande destinée historique.
Malgré les efforts de l'Eglise, pour maintenir 1'Empire, simplification politique considérable, à l'image de l'Eglise elle-même, seul pouvoir spirituel du monde, les intérêts des peuples de l'ouest et de ceux de 1'est sont trop divers.

Leur existence, en effet, est menacée par des ennemis différents, placés sur la périphérie. Leur réaction défensive est diamétralement opposée. A 1'ouest, les Normands débarquent dans l'ancienne Gaule, à l'est, les Hongrois sont aux prises avec les Germains.
Les deux peuples font face. La nécessité vitale pour eux de repousser l'envahisseur leur fait abandonner le recours naturel à l'Empire impuissant, en raison même de l'immensité de son territoire. Ils se tournent chacun vers des hommes de guerre provenant de leur sein, plus aptes au combat que les descendants de Charlemagne. Cette révolution dynastique issue de besoins immédiats décidera du particularisme.
Pourquoi tournée vers des destins différents, avec les mêmes atouts en main, la jeune monarchie française parviendra-t-elle rapidement à l'unité alors qu'en Allemagne cette unité n'a été réalisée qu'en 1871?
Bainville y voit la marque de l'effort politique des premiers Capétiens, Vermeil pense que si, par la suite, la sagesse des rois de France a encouragé le particularisme allemand, cette action n'en est pas le fondement.

« La vraie raison en est la forme même qu'a immédiatement pris la monarchie allemande affublée de la couronne impériale ».
L'empire a visé à l'Universel. L'empire romain n'est pas si éloigné que les Empereurs d'Allemagne tendent à sa reconstruction. La conscience nationale allemande au moment où elle aurait pu se former à l'image du jeune nationalisme français est écrasée par l'universalisme chrétien.
Imitant l'empire des Césars, les Empereurs allemands s'efforcent de créer un gouvernement centralisé et universel, vaste synthèse des peuples qu'ils se préparent à soumettre. Un tel gouvernement contient en lui les marques de son impossibilité puisqu'il ne peut s'appuyer sur une armée nationale. La situation est un peu celle de notre universalisme français d'après-guerre, que nous voulions imposer au monde sans détenir la force nécessaire.
En effet, s'ils reprennent la tradition romaine, les Empereurs agissent comme défenseurs de la nouvelle foi. Mais ils n'ont pour é1éments d'action que les peuples allemands si éloignés de l'idée catholique romaine malgré leur conversion.

Tous les propagateurs de la grandeur allemande ont posé en principe que l'action du christianisme a corrompu la pureté des mœurs germaniques. Adolf Bartels, historien allemand affirme:
« qu'une culture germanique païenne et guerrière, une vraie culture, nantie d'une morale civile et fière, d'une poésie hautement développée, entre en conf1it avec le pacifisme latin et chrétien ».... Avec l'idée romaine implantée en Allemagne, c'est la culture pacifiste qui 1'a emporté sur la culture « belliciste ». (Vermeil, L'Allemagne)
Nous retrouverons plus tard l'argument. Après Guillaume II le nazisme s'en est servi. Tout au long de cet exposé au fur et à mesure que s'égrèneront les siècles, nous retrouverons l'expression de ce
désespoir, l'affirmation d'une grande Allemagne marquée à son origine par l'influence déprimante de Rome d'abord,  de la France ensuite. C'est le premier fossé qui nous sépare de l'Allemagne  puisque nous nous sommes fait le champion de l'héritage romano-chrétien.
L'Allemand a d'ailleurs raison. Si la monarchie capétienne a su utiliser toutes les voies de la diplomatie de l'époque pour tenir en respect son puissant voisin, l'Église a fait de même. Rome a toujours craint que d'empereur  ne rompit 1e pacte et ne s'adjoignit le temporel et le spirituel.
De là, son alliance avec la France contre 1es Hohenstaufen.

C'est donc, pour beaucoup à ces deux forces conjuguées, que l'Allemagne doit ses divisions persistantes. Il est normal qu'elle leur en veuille.

Mais nous n'étions pas les seuls responsables. L'Allemagne contenait en elle, tous les éléments de son particularisme séculaire.
Nous avons vu que son sol,  ses maigres richesses,  la mosaïque de ses territoires, 1'universalisme  de la doctrine d'empire  s'opposaient au sentiment national. Par la suite, à ces fondements se sont ajoutés d’autres difficultés d’ordre intérieur.
En premier lieu, l'éclat même de la charge impériale est un empêchement au renforcement de l'État. En France, les Capétiens sont modestes et leurs efforts n'inquiètent personne.
En Allemagne, tous ceux qui par la naissance ou la guerre ont acquis une souveraineté locale entendent prospérer, au besoin, au détriment d'une idée d'Empire, qu'ils conçoivent d'autant moins que ses buts d'universalisme leur échappent, et que ses moyens peuvent être nuisibles à leur prospérité.
D'autre part, la couronne impériale est élective. La masse des dynastes allemands tient essentiellement à lui conserver ce caractère provisoire.
C'est un sujet de marchandages, de concessions. Les électeurs augmentent leur pouvoir, se libèrent de toute tutelle en échange de leur voix. Les autres bénéficient indirectement de l'élection et risquent d'être élus. L'Allemagne entière souhaite l'Electorat.
Dès les origines, l’Allemagne est le jeu de l'universalisme, de ses empereurs qui en cherchent le fondement à 1'étranger, à Rome, et de son particularisme  territorial qui répond aux exigences, immédiates de la nation. Entre les deux tendances, pas de véritable Etat national.
La royauté française, suit le chemin inverse, s'appuyant sur la bourgeoisie naissante, partie concrète de la nation, elle renversera la féodalité et formera l'unité.
« Si l'Allemagne n'y parvient pas, c'est la faute, non de l'antiquité ou du christianisme eux-mêmes. mais de tendances germaniques que la pénétration de l'universalisme antique et chrétien a favorisée. On dirait que, devant lui le germanisme n'a pas su assurer, pour son propre compte, l'équilibre entre pouvoir central et pouvoirs intermédiaires. Il semble d'autre part,  reculer sur le plan de la culture parce qu'il ne pouvait opposer à l'antiquité et au christianisme un apport efficace et résistant. Non pour cela qu'il ait disparu vers le milieu du XIe siècle, le problème subsiste en entier pour la politique et pour la culture. Entre elles existe encore un certain parallélisme. Mais quand l'Empire
s'étant effondré, le centre de gravité politique se déplacera vers le nord-est prussien, alors la disjonction entre politique et culture deviendra fatale. Elle sera la marque essentielle de l'histoire allemande » (Vermeil, L'Allemagne)

Jusqu'à la Réforme, dont l'influence sera si forte en Allemagne et qui intéresse plus particulièrement l'idée de germanisme, 1'Allemagne se transforme lentement prenant le chemin inverse de sa voisine
de l'Ouest.
Les entités universelles qui ont joué un si grand rôle jusqu'à maintenant vont disparaître. Le pouvoir central dont nous avons vu qu'il contenait en lui les germes de sa destruction ira s'affaiblissant.

Frédéric I Barberousse: empereur germanique (1155-1190)

L'équipée de Barberousse en Sicile, la querelle des Investitures, l'interrègne de 1273 et c'est la fin de l'Empire, puissance temporelle.
Après avoir triomphé de l'Empereur avec son allié Philippe Auguste, Innocent III porte la Papauté à son apogée. Puis elle ira décroissant. L'exil avignonnais, le schisme de Luther lui porteront les premiers coups. La Renaissance l'achèvera.
Les pouvoirs croulent, mais la masse allemande, réalité autrement concrète se transforme lentement comme les autres peuples. Elle a comme eux, sa paysannerie et sa chevalerie. Elle en diffère par une
organisation qui lui est propre et qui dépassera le cadre médiéval: les villes et la mosaïque des territoires.
Comme en France, les villes se sont formées autour du marché organisé par le seigneur pour écouler les produits des campagnes.
Mais, si au sud elles sont nées autour du Burg et de l'Église, au nord-est elles ont été créées de toutes pièces par les barons et les princes sur les terres de colonisation. Au sud, désordre médiéval, au nord, villes régulières tracées sur plan. Cette différence marquera une première séparation entre le nord-est et le sud qui s'opposeront si souvent par la suite.
Le nord-est conservera toujours son caractère initial: population colonisée au particularisme moindre, organisation rationnelle du commandement à tendance prussienne. Au sud, au contraire, innombrables souverainetés locales, villes libres, paysans affranchis, groupés en petit patriarcat avec bourgmestre et échevins, s'administrent heureusement au profit de tous, et sur lesquels essaiera, en vain, d'agir la politique impériale à visées ultramontaines.
De là, naîtront l'idée de Prusse et l'idée de Reich dont l'union donnera un jour la grande Allemagne servie par le Germanisme, puis la plus grande Allemagne du Pangermanisme.

Grâce aux croisades, au développement du commerce international, les villes croissent. Une élite administrative se forme, qui eut créé en Allemagne une autocratie d'administrateurs avertis si elle
n'avait finalement été englobée, de gré ou de force, dans des territoires plus puissants.

L'Allemagne y perdra l'éducation politique qu'elle était à la veille d'acquérir grâce au commerce.

Il n'existera plus, après la disparition de sa chevalerie et la décadence de l'Empire que le territoire pour former la  cellule organisée de l'Allemagne méridionale.

Ainsi après l'Empire, Rome, les villes, essais au cours desquels l'Allemagne a traversé une période d'anarchie qui la place en queue des nations européennes en cours d'organisation, la voie est libre pour une nouvelle construction plus conforme à l'intérêt allemand.
Les territoires naîtront de ce chaos et, déjà en suivant ses débuts de la Prusse, nous verrons que si l'idée de Reich vient de l'Allemagne méridionale, siège de l'Empire, les moyens de la réaliser viendront du nord-est. (Vermeil, L'Allemagne)

Avant de poursuivre au fil de l'histoire, il convient de s'arrêter à la culture médiévale allemande.

Comme dans tous les autres pays, à la même époque, les œuvres littéraires allemandes assimilent sentiment religieux à idéal chevaleresque. Si une certaine hostilité à l'idée romaine se fait jour et si les poètes exaltant la chevalerie allemande, attaquent le clergé, de même, notre littérature médiévale présente maints traits communs. Mais une idée neuve surgit, c'est celle d'un Empire allemand assez fort  pour mettre la papauté en échec, ce pouvoir étranger, et assurer le gouvernement temporel et spirituel de l'Empire. La légende de Barberousse exprimera cette idée quand elle la considérera comme le fondateur d'une nouvelle monarchie universelle, assurant le salut du monde.
Déjà cette notion d'une mission divine à assurer. C'est plus que « Dieu est avec nous »... mais
«  Dieu c'est nous ». L'empereur n'était-il pas la première partie de Dieu sur terre, le pape n'en était que  la seconde (Vermeil, L'Allemagne)
C'est en pleine organisation territoriale et au moment ou s'expriment ces désirs confus de supériorité religieuse qu'éclate le mouvement de la Réforme.

Comme en France, comme ailleurs en Europe, l'humanisme allemand posait le principe du doute scientifique dans la pratique du catholicisme. Le monde, construit sur les vieilles bases que le moyen âge a érigé en dogmes, forme un édifice dont aucun élément ne peut être retiré ni subir un nouvel examen. Religion et science sont étroitement liées. Dire que la terre tourne sera s'élever contre l'Eglise. La chrétienté a mêlé à sa doctrine un agglomérat de notions humaines, afin de créer un ordre logique intelligible à tous.
Les sciences nouvelles, importées d'Italie, plus que partout ailleurs, ont de fervents adeptes en Allemagne du sud, puis, plus tard en Allemagne du nord.
Nicolas de Cuse soumet à l'expérience tous les éléments du réel.
Il cherche à établir une synthèse du monde alors perceptible et à en dégager des lois. Rodolphe Agricola s'élève contre la scolastique et demande l'étude des sciences exactes.

Rodolphe Agricola

L'Histoire se modifie, le passé allemand est ressuscité. Par une réaction curieuse, mais éternelle de l'Allemagne dressée contre Rome, au moment où l'apport italien est le plus efficace, c'est pour affirmer leur croyance en l'Allemagne, entité vivante et puissante que travaillent poètes, écrivains, philosophes et humanistes.

Et c'est dans cette Allemagne qui commence à douter de l'intangibilité des principes moraux scientifiques et religieux inspirés par Rome que se propagera la réforme luthérienne.

Charles Quint

Au moment où Charles Quint restaure l'Empire qu'il vient d'acheter à Aix-la-Chapelle et lui donne de formidables proportions en y faisant entrer l'Espagne, Pays-Bas, Naples, la Sicile, l’Amérique et l'Italie, Luther affiche ses thèses à Wittenberg.

Luther

Condamné à Worms, la nouvelle foi s'étendra néanmoins à l'Allemagne entière.

Quelques années après, Copernic publie son traité de mécanique céleste.

Copernic

Ces deux hommes ont démoli l'édifice médiéval.
Ils étaient allemands. (Polonais influence allemande)

« Détruisant l'unité illusoire du monde chrétien, ils le laissent tout entier hors de l'apparente sécurité qui était la sienne pour l'exposer à de nouveaux périls, à de nouvelles angoisses. Ce sont là, les deux coups les plus terribles portés à l'humanisme issu de l'antiquité et au christianisme catholique »
(Vermeil)
 La conjonction de l'affirmation de ces deux hommes est capitale, ce ne sera pas la dernière fois que viendra d'Allemagne l'affirmation d'une nouvelle discipline qui exigera pour s'épanouir que table rase du passé soit faite.
Plus tard, s'il réussit, Hitler s'alignera sur ces deux hommes. Il ne manquera pas d'historiens, en  Allemagne, pour le montrer ajoutant un maillon de taille à cette chaîne de vérité que le germanisme   prétend construire pendant la suite des temps.
Luther, fils de  mineur a une enfance douloureuse. Hanté dès son jeune âge par les diables qui habitent  les sombres couloirs des mines, il garde, sous un corps d'athlète une âme inquiète, tourmentée, tantôt envahie par le Démon, tantôt plongée dans l'exaltante communion divine.

Le processus par lequel se forme  son idée révolutionnaire est le symbole des réactions allemandes

Novice, il suit aveuglement la discipline ecclésiastique, se donnant  aux jeûnes et aux autres mortifications corporelles, priant Dieu de lui donner cette paix de l'âme à laquelle il aspire. Puis, brusquement par une sorte de  révolution personnelle, par un acte de confiance en lui, il rejeta au loin tout l'édifice catholique par lequel il essayait d'atteindre Dieu.
Passant par-dessus Rome, il se met face à Dieu. La grâce Divine est certaine. Elle ne dépend plus que de sa propre attitude confiante et humble.

Prodigieuse révolution religieuse qui attribue à l'homme en lui, et par lui seul, la  possibilité du pardon divin.
Plus d'intermédiaires, plus de  confesseurs, l'Éternel sans clergé.
L'homme portant en lui seul sa rédemption. L'appel au courage et à 1'énergie personnelle, ne sera pas vain. La portée de cette affirmation sera considérable pour l'allemand

Enfin, l'homme n’a plus besoin d'église pour trouver Dieu. Son église est invisible.
Pas de dogmes, d'études, de compilations. C'est une religion facile, mise à la portée de tous les Allemands. Elle franchit comme 1'éclair le morcellement territorial.
Son succès a d'autres causes, le luthérianisme répond aux excès de Rome, satisfait les inquiétudes que l'humanisme a fait naître, supprime  la tutelle du clergé romain, éveille les appétits des dynastes allemands toujours embarrassés par le manque d'argent.
« En niant le principe d'autorité et en se séparant de l'Église, Luther touchait aux écluses qui  contenaient péniblement, depuis des siècles, les convoitises accumulées des princes, des seigneurs, du bas clergé...
La question d'argent et celle de la vie matérielle primaient toutes les autres. En l'absence d'impôts réguliers, le peuple allemand était acculé aux guerres et aux pillages à la suite de ses souverains.

Et voilà qu'un moine audacieux leur présentait sur un plat d'argent les bénéfices prélevés sur les biens du clergé, tous en une fois.

Certains hésitèrent, beaucoup se précipitèrent et l'histoire a marqué de traits durs leur cupide insincérité et la palinodie de leurs conversions successives »... (Bonnefon -Histoire de l'Allemagne)

A ces facteurs déterminants s'ajoute le pouvoir personnel de Luther qui parla au peuple allemand comme jamais personne ne l'avait fait. Il traduisit la Bible, dans une langue riche, forte, créant les mots, faisant d'une traduction, œuvre originale par sa puissance d'évocation et le débordement de sa foi.

Luther

Son appel au peuple allemand rappelle par bien des côtés des discours trop récents dont nous avons été 1'enjeu.
« Pauvres Germains, nous avons été trompés, nous étions créés pour être les maîtres; il nous a fallu courber la tête sous nos tyrans et tomber dans l'esclavage. Nom, titre, insigne de royauté, nous possédons tout cela. Force, puissance, droit, liberté, tout cela appartient aux papes qui nous l'ont volé. A eux le grain, à nous la paille. Il est temps que nous cessions de nous contenter du simulacre de l'Empire et que le sceptre nous soit restitué, et avec le sceptre notre corps, et nos âmes et nos trésors. Il est temps que la glorieuse nation teutonne cesse d'être le jouet des pontifes romains »
(Dumesnil -Le Germaniste)

Cette notion du germanisme tout puissant, Luther, le premier l'a exprimé. La lutte qu'il est obligé de soutenir contre l'Église donne à sa passion plus de vigueur, à ses arguments plus de vérité. Dans sa lettre à la noblesse allemande, Luther trace l'organisation religieuse telle qu'elle devrait être: suppression de l'intermédiaire romain, créateur d'une conscience religieuse allemande, liturgie nationalisée.
Il balaie le rêve impérial et limite son action à la création d'une nation à l'image des autres pays européens. Il affirme le principe de la supériorité de fait des ces « pauvres Germains » dont une cruelle destinée n'a jamais permis l'union.

« La parole est descendue sur le Juif, s'écrie-t-il. Saint Paul l'a rapportée de Grèce. Rome l'a reçue à son tour. Mais l'Allemagne a été  éclairée, initiée à la grâce avec une richesse incomparable, supérieure à celle de toutes les nations » (Vermeil)
Toujours 1'affirmation de cette supériorité.
Et le Réformateur de tracer le portrait idéalisé de l'Allemand, moins gracieux que l'Italien, moins éloquent que le Français, mais plus droit, plus loyal, plus attaché à la tradition, plus fidèle dans le mariage, plus laborieux et désintéressé, plus frugal, bref plus pur et plus simple que les gens de l'Ouest.
Lorsque nous avons parlé des constantes de l'histoire allemande, nous avons dit qu'elle présentait un trait singulier: au moment que l'union parait réalisable et que le grand Reich est en devenir certain, tout s'effondre et la chute est telle qu'il faudra des siècles pour reconstruire.
Le luthérianisme et sa rapide propagation dans le monde allemand constituent un élément d'importance dans l'unification germanique:
rupture avec Rome, mise en valeur de la langue germanique, quasi apothéose de cette divinisation de la personne vers laquelle 1'Allemand tend naturellement, appel au peuple par la simplification des dogmes et des services religieux, enfin renforcement de l'autorité temporelle qui s'adjoint le pouvoir sur les âmes que Rome détenait auparavant.
Et pourtant, l'heure n'est pas venue, puisque le phénomène reste parcellaire. Les princes utilisent la nouvelle foi pour réorganiser leur État. Ils renforcent leur autorité qu'ils appuient sur des fondements à la fois politiques et religieux.
Ainsi, peu à peu, l'Église invisible des origines du luthérianisme s'épaule au prince pour lutter contre Rome et devient 1'élément actif d'un territorialisme politico-ecclésiastique.
La révolution religieuse se double d'une révolution politique, l'Empire, de plus en plus défaillant admet, à Augsbourg, l’existence de territoires catholiques et protestants qui s'opposeront plus tard en ligues protestantes et catholiques. L'Allemagne est passée à côté de son unité. Le traité de Westphalie consacrera 234 unités territoriales.

Vidrecome à l’aigle à deux têtes et aux armes des principautés allemandes.

Si la Réforme fut la première manifestation du génie national et si elle donna un sens limité, mais d'autant plus réalisable, aux aspirations germaniques, elle n'en manqua pas moins de briser à jamais l' ascension allemande.

La guerre de Trente ans dont elle est la cause laissa l'Allemagne exsangue. Treize millions de morts par la guerre, la peste, le choléra, la fièvre typhoïde. Villes et villages détruits, cultures dévastées. Allemands, Français. Suédois s'entretuant sur le sol germanique, famine si longue que les habitants en viennent à manger la chair humaine, en voilà le bilan. Les traités de Westphalie allaient achever l'œuvre de destruction que la guerre avait si bien commencée.
Le morcellement territorial est érigé en ordre politique. L'Allemagne comptera deux mille territoires, dont 234 avec des droits souverains. Les cartographes s'y perdaient dit Bainville et n'avaient pas assez de couleurs à leur crayon pour distinguer tous ces territoires enchevêtrés les uns dans les autres.
Le principe électif, soigneusement conservé accentuera encore la forme décadente de cet « Empire érigé contre son Empereur ».
Un Parlement, dernier des maux mais non le moindre, assistait l'Empereur et donnait à l'ensemble un caractère libéral, mais en fait paralysait la machine. Selon le calcul de ses inspirateurs français la
Diète germanique fut le « conservatoire de l'anarchie allemande ».
La France y était représentée afin d'en surveiller les travaux et de leur donner un tour favorable à ses intérêts.
L'Allemagne, vaincue, humiliée se replie sur elle-même pendant 150 ans et laisse la paix au monde.
Par une contradiction séculaire de l'histoire allemande et que nous avons déjà signalée, l'anarchie créée et entretenue par la France engendre un développement considérable de la culture allemande. Il n'y a pas, pour elle, d'époque plus brillante que celle qui s'étend de 1750 aux traités de Vienne. Si l'Allemagne se francisait, si nos mœurs, notre littérature, notre architecture, notre langue s'imposaient aux princes et aux peuples germains, si pour les Allemands de cette époque servir dans l'Armée française était un honneur,  l'idée allemande n'était pas morte.
Elle devait survivre dans la pensée et dans un des territoires les plus déshérités de la « mosaïque dépareillée »: la Prusse.
Face à elle, il existait bien l'Autriche. Passé glorieux. État puissant doté d'une forte armée. Mais le destin et les hommes miseront sur la Prusse et l'histoire de cette rivalité s'est terminée en 1936 par l'absorption de l'Autriche.

L'Empire autrichien au XVIIIe siècle

D'abord l'Autriche reste l'État catholique par excellence, alors que la majorité des Allemands est déjà gagnée à la Réforme. Et puis, l'Autriche remonte le courant naturel des peuples en s'enrichissant en Italie, en Bourgogne, en Espagne de territoires peuplés de minorités décidées à s'affranchir de toute tutelle ou à s'agglomérer à d'autres nations ethniquement ou économiquement plus proches.
Le Brandebourg, germe de la Prusse, au contraire cherche son expansion dans les pays de langue allemande, géographiquement ramenés vers le germanisme.
Le destin a été aidé, au surplus par la ténacité, la valeur, la moralité dénuée de scrupules des premiers souverains prussiens.
Le royaume de Prusse est né de l'union du margraviat de Prusse à l'électorat de Brandebourg en 1618.
Ces deux États ont un passé turbulent marqué par pas mal de rapines, de brutalités, de férocités même aux détriments de leurs voisins.
Une longue tradition de conquêtes par la violence ou la ruse allait échoir au grand Électeur. Frédéric Guillaume Ier perfectionna la méthode.
Lorsqu'il reçu la Prusse en 1640, l'héritage était plus médiocre que celui des premiers ducs de France. Ravagé par la guerre de 30 ans, le Brandebourg ne comptait pas 80000 âmes. Berlin avait six mille habitants. La Prusse n'avait pas 10000 hommes sous les armes.
A sa mort, l'Électorat est érigé en Royaume, la Prusse est un État constitué: l'Armée une des plus forte d'Europe compte 80000 hommes.

Le Royaume de Prusse à la fin du règne de Frédéric II

« L'Allemagne devient une possibilité permanente d'annexion pour la Prusse ».
Frédéric II, le grand Frédéric mérite plus que son père qu'on s'arrête à lui. Il est le théoricien de la formation allemande. Les principes qu'il a affirmés et défendus, bien qu'il nous paraissent choquants, parce qu'ils heurtent notre conception latine du Droit, n'ont eu qu'admirateurs en Allemagne.
Beauvau, notre ambassadeur à Berlin le présentait comme un souverain ambitieux, profond calculateur, habile à dissimuler, voisin dangereux, allié suspect et incommode.
Ces qualités, indéniables pour un souverain, et que nous aimerions voir tempérer par un peu plus de noblesse, Frédéric les a mises entièrement au service de la Prusse qu'il considère comme son bien, sa firme.

Frédéric II de Prusse

Dans son essai sur les formes du gouvernement et les devoirs des souverains, Frédéric pose en principe que la nation n'existe que par et pour l'Etat. Tous les moyens sont louables à un monarque pour le bien de ses sujets. Le premier devoir d'un souverain, écrit-il est:
« d'assurer le bonheur de ses peuples. Dès qu'il aperçoit un danger pour eux, dans un traité, il doit le violer, à regret, mais sans hésiter. Le prince se sacrifie alors pour le bien de ses sujets. Il vaut mieux qu'il viole sa foi que de ruiner son peuple ».
Si ses relations avec ses voisins obéissent à de si dangereuses directives, ses méthodes de commandement et d'organisation intérieures sont conduites par les mêmes principes. Athée, Frédéric II fait aux soldats de pieux sermons, parce qu'il estime que la religion est un excellent auxiliaire de l'autorité. S'il admet que les droits des princes sont limités par leurs devoirs, c'est à condition que ces droits soient absolus. Mieux encore, Frédéric II est l'inventeur de la « cinquième colonne ». Ne déclare-t-il pas: « lorsque monsieur de Soubise se fait suivre par cent cuisiniers, moi, je me fais précéder par cent espions ? ».
Pendant toute sa vie, ces principes d'un rare cynisme seront soigneusement appliqués.
Il trahit deux fois la France, son alliée, vole la Silésie à Marie-Thérèse, lâche l'Angleterre en se rapprochant de la France, gagne des batailles mais s'enfuit à la première, en tête de ses cavaliers pendant que son infanterie lui amène la victoire, perd des combats, négocie, biaise, trahit, puis retombe sur ses pieds pour le plus grand profit de son pays.

Guerres de Silésie de 1740 à 1763

Les guerres de Silésie sont un ensemble de 3 conflits qui commencent en 1740 avec la guerre de Succession d'Autriche et se terminent cinq jours après la fin de la guerre de Sept Ans en 1763.
Ces conflits opposent la Prusse des Hohenzollerns et l'Autriche des Habsbourgs principalement au sujet de la domination de la Silésie et se terminent par la victoire de la Prusse qui par le traité de Hubertusburg conquiert définitivement la Silésie. Grâce à cette annexion, la population prussienne double et obtient une région riche.
Fr édéric II de Prusse décide d'attaquer la Silésie en comptant entre autres sur l'hostilité grandissante qui existait au sein de la population entre les protestants luthériens (majoritaires) et les Habsbourgs catholiques (qui dominaient la Silésie).

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/740176

Si les théoriciens de la grandeur à tout prix sont nombreux en Allemagne, Frédéric eut le mérite de prouver à ses compatriotes que la méthode était applicable et qu'elle était fructueuse.
Ses successeurs n'auront pas son génie et le jeune État va rapidement sombrer dans le bureaucratisme.

L'Armée n'évoluera pas, trop de vieux officiers, trop d'assurance, trop de statique, aboutiront à 1'écrasement d'Iéna.

IENA (Prusse), 14 octobre 1806


Alain Pigeard indique pour les forces françaises 56 000 hommes et pour les forces Prusso-Saxonnes
72 000 hommes.

Toujours selon la même source, les pertes françaises seraient comprises entre 4000 et 7500 tués et les pertes Prusso-Saxonnes entre 12 000 tués et blessés, ainsi que des prisonniers
Le soldat Lavaux précise que " L'armée prussienne fut dans cette journée, culbutée, coupée et mise en pleine déroute. Sur les deux heures de l'après-midi, notre cavalerie fut complètement réunie. Elle se mit à charger l'armée prussienne qui battait en retraite et lui fit plus de 32 000 prisonniers, des généraux, des colonels, plus 25 drapeaux, 100 pièces de canons et des bagages ".

http://napoleon1er.perso.neuf.fr/Iena-1806.html

Cependant que se constitue la force prussienne, l'anarchie dans laquelle est plongée 1'Allemagne crée un climat favorable au développement des Arts et des Lettres.

L´Allemagne à la fin du XVIIIe siècle

On ne peut expliquer l'essor prodigieux de la culture allemande au XVIIIe siècle, pas plus qu'on ne peut comprendre la formation du sentiment national dans un pays depuis toujours divisé, sans analyser la transformation du sentiment religieux né de l'exaltante Réforme et, canalisé à son profit, par les territoires.
En Prusse, en particulier la notion d'État a vite étouffé celle de la foi. La religion, considérée comme un moyen de gouvernement, perd toute élévation. Dans les autres États même transformation, mais à un degré moindre.
Qu'arrivera-t-il alors à l'Allemand, épris plus que tout autre de ferveur religieuse, si son idéalisme de croyant est « mécanisé » par l'État et à son profit?
L'Allemand reportera son activité confessionnelle vers la science ou vers la cause naissante d'une grande Église, commune, nationale.
Il rejoindra par là le plan universel. Sa pensée aura retrouvé son caractère cosmopolite.
« Or ce cosmopolitisme, affligé par l'impuissance notoire de la nation morcelée, se tournera vers le nationalisme et ce nationalisme sera le plus terrible de tous les nationalismes européens parce qu'il sera religieux et fervent en même temps qu'il sera limité dans ses ambitions. » (Vermeil)
Le Pangermanisme est sorti de là.
Le Pangermanisme ne serait pas autre chose qu'une religion déplacée qui, pour des raisons nationales, a rompu avec le christianisme.

Leibniz

Leibniz bénéficiera de cette ferveur. Il puisera ses arguments dans la force française opposée au désordre allemand.
Leibniz proteste contre le manque d'idéal politique des princes allemands, égoïstement tournés vers leur territoire, propose le rétablissement de l'unité religieuse et juridique, affirme les droits historiques de l'Empire sur la Lorraine, l'Alsace, la Bourgogne, la Provence, le Dauphiné,1'Italie du Nord. Recherchant dans l'histoire, le glorieux passé allemand, il expose aux princes allemands la splendeur de la Hanse et leur rappelle qu'ils étaient jadis les initiateurs ou les inventeurs dans le domaine des Arts et des Sciences.
I1 fustige leur engouement pour les choses de France et les invite à trouver en eux-mêmes les éléments de leur grandeur.
Attiré à Versailles par Louis XIV, Leibniz essaie de détourner le Grand Roi de ses visées sur l'Est et lui vante les faciles conquêtes qu'il pourrait réaliser en Égypte et au Levant. Comme plus tard, Bismarck nous dirigera vers l'Afrique.

J'ajoute que Leibniz écrivait en français et qu'il vivait dans l'entourage de Louis XIV, car, ce prince, dit 1'historien Biederman, tandis qu'il écrasait l'Allemagne, accordait à ses savants « toutes sortes de distinctions grâce à l'organisation de ses recherches scientifiques, alors que ces mêmes savants, en Allemagne n'obtenaient aucune récompense pour leurs travaux ». Cela aussi pourrait se retourner de nos jours. Ainsi, au milieu du grand siècle, Leibniz affirme déjà la valeur de la race. Il ne prouve pas encore scientifiquement sa suprématie, mais il la justifie par son histoire.
Il réclame l'unité nationale et affirme le droit allemand à l'expansion territoriale.

Général Pierre Marie Gallois

A suivre...

« La Prusse, comme un coup d'œil jeté sur la carte le montre, ne pouvait avec son corps mince et allongé porter seule plus longtemps l'armure dont l'Allemagne avait besoin pour sa sécurité ; il fallait que tous les Allemands en prissent également leur part. Nous n'atteindrions pas le but par des discours, des associations, des votes de majorité, il n'était pas possible d'éviter une lutte sérieuse, une lutte qui ne se viderait que par le fer et le sang. Pour nous assurer le succès de cette lutte, les députés devaient mettre dans la main du roi de Prusse le plus grand poids possible de fer et de sang pour qu'il pût à son gré le jeter dans l'un ou l'autre plateau de la balance."

Bismarck, discours du 30 septembre 1862.

Les « exposés » sont regroupés dans l'ouvrage:

Quelques lectures...

 

 

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