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Qu’importe, à l’Elysée « trône » un expert en mascarade… Vous avez entendu « Délocalisations automobiles », « Clio IV », « Ligne rouge ! » « Turquie » bien sûr… ?
Karim Ouchikh appelle une mascarade, une mascarade. Et celui qui « trône » est nu…

« Oyak-Renault, site de Bursa- Turquie »

Portemont, le 29 janvier 2010

Délocalisations automobiles : la mascarade élyséenne

Renault vient d’annoncer son intention de transférer entièrement, en 2013, la production de la future Clio (Clio IV) à Bursa en Turquie, où elle s’y trouve déjà largement  produite (Clio II et III).

Avec cette déclaration inattendue, qui aussitôt a fait l’effet d’une bombe dans le landernau politique, la France se découvre une polémique prometteuse dont notre pays a le secret.  

Alors qu’elle commercialise dans l’hexagone 25 % de ses voitures, soit 32 % de son chiffre d’affaires, en y conservant encore 45 % de ses effectifs, Renault ferait-t-il preuve d’ingratitude à l’égard de la France, dont elle a bénéficié de trois milliards d’euros de prêt l’année passée pour l’aider à sortir de la crise économique ?

Depuis, le débat enfle, le gouvernement se gendarme et le chef de l’Etat manifeste, le 13 janvier, son indignation à l’occasion de la présentation de ses vœux aux parlementaires : « Nous ne mettons pas tant d’argent pour soutenir nos constructeurs pour que la totalité des usines aillent à l’extérieur » (Le Figaro, 14 janvier 2010).

De toute urgence, il faut trouver un bouc émissaire. Qu’à cela ne tienne, Carlos Ghosn, PDG de Renault, est convoqué à l’Elysée ce samedi 16 janvier, pour s’expliquer sur ce transfert de production : de cette ingérence politique dans le fonctionnement d’une entreprise privée, en tous points illusoire, Nicolas Sarkozy aura très certainement à en rendre compte auprès de la Commission de Bruxelles, dans les prochains jours….

***

Pendant que les dirigeants de Renault s’appliquent avec peine à clarifier ces derniers jours la stratégie de la marque au losange, le gouvernement français multiplie les manœuvres de diversion.

Tout en laissant entendre que le choix de délocaliser en Turquie la future Clio IV reposerait au fond sur des considérations industrielles déraisonnables, avant tout dictées par une logique hasardeuse de rentabilité financière, les pouvoirs publics tentent de placer le débat sur le terrain du volontarisme politique.

Rappelant que l’Etat demeure actionnaire à hauteur de 15 % du capital de Renault, Laurent Wauquiez, secrétaire à l’emploi, affirme sans craindre le ridicule : « L’une des lignes du président de la République, c’est quand on est actionnaire ce n’est pas pour regarder passer les trains » (Le Monde, 15 janvier 2010).

Laurent Wauquiez :
Ma seule préoccupation, c'est l'emploi. La seule question qu'on regarde, c'est qu'est-ce que ça donne en terme d'emploi ? Et de ce point de vue, il faut que Renault sache et connaisse ce qui est pour nous la ligne rouge absolue, parce que c'est une ligne rouge sur laquelle ils se sont engagés sur le pacte automobile. Elle est simple : aucune fermeture de site, aucun licenciement. Ce sont sur ces deux points qu'il y a un engagement qui est très clair de la part de Renault

http://www.rtl.fr/fiche/5931945520/Laurent-Wauquiez-La-France-doit-rester-une-terre-industrielle-video.html

Pour que l’Etat puisse désormais peser sur les orientations industrielles de l’entreprise automobile, il lui suffirait donc de disposer de davantage de sièges au conseil d’administration de Renault ! Selon les illusionnistes qui sont aux commandes de l’Etat, le phénomène des délocalisations se réduirait, en somme, à un banal problème de gouvernance industrielle…

***

Le débat qui se noue aujourd’hui sous nos yeux au sujet de la question des délocalisations industrielles est en vérité mal posée et c’est bien en reprenant les déclarations des dirigeants de Renault que l’on parvient à cerner la réalité du phénomène.

Dans les colonnes du Figaro du 14 janvier, Patrick Pelata, directeur général de Renault, affirme que « produire en France est une bonne chose pour les véhicules à forte valeur ajoutée. C’est difficile dans le bas de gamme ». Dans cet ordre d’idées, Carlos Ghosn assure, selon ce quotidien, que le coût de production d’une Clio fabriquée en France est supérieur de 1.400 euros à celui du même modèle réalisé en Turquie !
 
Avec le transfert de production du futur modèle de la Clio, Renault s’apprêterait donc en réalité à réorganiser géographiquement sa production automobile : tandis qu’elle maintiendrait dans ses usines françaises la fabrication de véhicules à forte valeur ajoutée, ses modèles situés en bas de gamme seraient transférés hors de l’hexagone, comme elle le fait actuellement sur ses sites de production de Slovénie et de Turquie, vers des pays à bas coût de main-d’œuvre.

Comme le rappelle le journal le Monde, dans son édition du 15 janvier, « l’Etat ne découvre pas le problème car c’était l’une des principales conclusions des Etats généraux de l’automobile. Le constat établi à l’époque était sans appel : l’industrie française souffre d’un déclin de compétitivité ». Si le constat est juste, le quotidien du soir s’abstient, dans un silence des plus coupables, d’en diagnostiquer l’origine première.

Comment ne pas admettre que le phénomène des délocalisations, à l’origine de tant de fermetures sur notre sol d’usines de production, qui s’accompagne de son cortège de chômeurs et de territoires désertifiés, est directement consécutif aux distorsions de concurrence, aussi bien favorisées par les écarts, souvent considérables, entre les niveaux de salaires que par les politiques de dumping social, fiscal et environnemental pratiquées par les pays à économies émergentes, tant au sein de l’Union européenne qu’en dehors de ses frontières !

Aveuglés par l’idéologie du libre échange, qui trouve son application privilégiée au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce et de son supplétif bruxellois, attachés pareillement qu’ils sont, à droite comme à gauche de l’échiquier politique français, à étendre la politique mortifère de libéralisation totale du commerce, nos gouvernants se refusent à admettre l’évidente parade à ce phénomène destructeur : seule une politique protectionniste volontariste, coordonnée avec discernement à l’échelle d’une zone géographique homogène, peut freiner efficacement les délocalisations.

Dans sa « Lettre aux Français » (Marianne n° 85, 5 au 11 décembre 2009), Maurice Allais a parfaitement résumé les données du problème :

« Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe ».
De ce point de vue, notre unique prix Nobel d’économie n’a pas tort de dénoncer l’hypocrisie  de nos européistes, en tous points infidèles aux ressorts authentiques d’une saine construction  européenne : « Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons, ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure  face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faible que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences » !

***

Bien qu’ils aient cherché sans relâche à promouvoir, non sans talent, l’adoption d’une politique cohérente de protectionnisme, Maurice Allais, mais aussi Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau ont prêché jusqu’à présent dans le désert, sans doute parce que cette question demeure toujours frappée du sceau de l’idéologie et de la peur : quiconque ose la défendre se voit aussitôt soupçonné de vouloir reproduire, ici et maintenant, l’épouvantable modèle économique albanais d’Enver Hodja !

Cette entreprise de diabolisation, qui s’emploie à bâillonner les esprits réfractaires à l’idéologie libérale dominante, il nous faut vite nous en débarrasser, dans le débat comme dans l’action politique.

Car, en définitive, le protectionnisme, qui ne saurait en rien être assimilé à l’autarcie, peut parfaitement se concevoir dans une économique raisonnée de libre échange, comme l’ont parfaitement compris les Etats qui le pratiquent intelligemment dans la défense de leurs intérêts bien compris, des Etats-Unis à l’Inde, de la Chine à la Russie.

En attendant qu’elle ne se décompose par elle-même et ne s’effondre, minée par ses propres contradictions, l’Union européenne se doit pour l’heure, afin de ne plus être le ventre mou de l’économie mondiale, de rétablir à ses frontières, selon un fonctionnement strictement confédéral, sa politique originelle de préférence communautaire, inscrite dans le Traité de Rome, qu’elle a abandonné sous la pression d’une idéologie libérale, en s’interdisant dans le même temps d’admettre tout nouveau membre dont l’intégration définitive ne serait pas précédée d’une période d’adaptation économique et sociale transitoire. C’est à ce prix que le phénomène, justement dénoncé, des délocalisations sera enfin jugulé.

A lire les termes de la profession de foi de celui qui, en la personne de Michel Barnier, représente le bras armé de Nicolas Sarkozy au sein de la future Commission européenne, au poste de commissaire aux Services financiers, la partie ne paraît cependant pas gagnée !

En récusant fermement, lors de son audition devant le Parlement européen, « les réponses nationales à court terme et parfois de repli » (le Figaro, le 14 janvier 2009), l’ancien chef de la diplomatie française n’a-t-il pas d’emblée donné des gages d’orthodoxie libérale à José Manuel Barroso, en refusant par avance toute politique protectionniste salutaire ?

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Cette formule du cardinal de Retz s’applique merveilleusement au chef de l’Etat qui se trouve, une fois de plus, piégé par son habituelle duplicité. Gageons en effet, sur le sujet éminemment sensible des délocalisations industrielles, qu’il ne parviendra que difficilement à dissimuler aux yeux des Français les véritables enjeux d’un débat dont la clé se trouve nulle part ailleurs qu’à Bruxelles !

Karim Ouchikh
14 janvier 2010


Le 16 janvier…

Le PDG de Renault Carlos Ghosn "confirmait" au président de la République, que Renault produirait la Clio 4 à Flins  ainsi qu'à Bursa (Turquie) et assurait que le site français était « pérenne »
Pour Carlos Ghosn, « Aucune décision n'avait été prise concernant l'industrialisation de la future Clio 4 en 2013 » à l'issue de la   « fameuse » réunion du samedi à l'Elysée…
Mais, « J'ai confirmé au Président de la République que nous produirons la Clio 4 à Flins, dans un cadre général de double sourcing avec Bursa en Turquie (la voiture sera fabriquée dans les deux usines, ndlr) ».  « Le site de Flins est pérenne et l'emploi y sera maintenu à terme »
M. Ghosn rappelant que Renault, comme « entreprise française (...) responsable et citoyenne » est "attachée à son patrimoine industriel et technologique", et a décidé de produire à Flins la Zoé, le principal véhicule électrique de sa future gamme, qui sera commercialisé en 2012…

Novembre 2009. Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi et le P-DG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn. Renault produira à partir de 2012 sa Zoé électrique à Flins.


Le 25 janvier…Nicolas Sarkozy confirmait sur TF1 qu'une partie de la future Clio de Renault serait produite dans l'usine de Flins (Yvelines) et non entièrement réalisée en Turquie, mais estimait que la « question n'est pas d'interdire » les délocalisations.

« Les véhicules électriques de chez Renault seront fabriqués en France et la Clio 4, pour la partie de la Clio 4 vendue en France et dans la périphérie de notre pays, ce sera à Flins » déclarait M. Sarkozy lors d'un débat avec un syndicaliste du constructeur français.
Et de claironner :
 
« Si on veut vendre des voitures à la Chine, naturellement il faudra construire des voitures en Chine, mais je n'accepte pas que des voitures qui sont vendues en France soient construites à l'étranger ».

Concluant : « Si nous avons décidé d'aider Renault, c'est pas pour que Renault continue les délocalisations »

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