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De la France, de la nation...

Matrices de notre identité... Un débat nous dit-on...
Notre ami Emile Beaufort remonte le temps pour mieux dénoncer les faux-semblants...
Pourrons nous  retrouver le goût du faire vivre notre « être national »?

C’est affaire de volonté politique. D’une volonté politique capable de s’inscrire dans le temps long… De la volonté de tout un chacun aussi, de nous tous, tous ensemble…

Portemont, le 12 décembre 2009

L’identité nationale, pour quoi faire ?

Par Emile Beaufort

Nous sommes tous des « parlêtres » disait Lacan...
Je parle donc je suis... Mais il ne s'agit pas seulement de parler EN France pour être et parler français. N'est profondément français que celui qui est viscéralement habité / habitué par sa langue maternelle, celui qui affectionne au mont Palatin, la douceur angevine, à l’hubris prométhéen, la virtù aristotélicienne, le clair entendement d’un Boileau...

... balancé par l’ésopienne sagesse d’un La Fontaine au «  rap/slam/hip-hop » des méga-surfaces de nos inhumaines cités.

Hugues Kéraly parle vrai (1) et ses références custillesque (2)(qui ne sait que le circonflexe couvre-chef de nos mots gaulois cache un « s » que nous ne saurions voir) tombent à point nommé. Car la quête de ce Graal de l’identité française perdue relève d’un pur fantasme, d’un hypothétique et improbable Age d’or ; elle est un arbre sournois qui masque de ses ailes-branches de chauve-souris, une forêt « lovecraftienne », abritant dans son sein l’abominable Veau d’or du mondialisme apatride.

Ce débat sur l’identité nationale est, disons-le tout net, inutile et vain.

Inutile, parce qu’il est biaisé par des arrière-pensées électoralistes boutiquières dont le seul but est de siphonné un peu plus les idées et les électeurs du Front national (ou ce qu’il en reste). Clairement donc, nos élites dirigeantes n’ont que faire de l’identité nationale, la nation étant en lambeau, l’identité, empêchée précisément de s’exprimer et de s’épanouir dans une société brouillée par l’hystérique communion collective du métissage « made in Benetton ».

Le résultat du débat lancé par le ministre de l’identité nationale est aussi prévisible qu’il sera déjà oublié dans six mois. Ainsi va la société de consommation et de l’information…

Vain, parce que débattre de cette grande question philo-anthropologique suppose un pré-requis indispensable qui est la connaissance de l’Histoire. Ernest Renan et Jacques Bainville ont tous deux admirablement posé, à la fois le sens et la méthode de ce que nous appellerons « l’être » national. Quand le second, à l’unisson d’ailleurs du premier, affirme l’évidence que « le peuple français est un composé. C'est mieux qu'une race. C'est une nation (3)» et que le premier énonce que « la grande royauté française avait été si hautement nationale, que, le lendemain de sa chute [en 1792, NDLA], la nation a pu tenir sans elle (4)», alors il est incontestable que la définition de notre être national passe par celle de l’être de la nation elle-même. Bref, à rebours de ce que veut nous faire croire le questionnaire gouvernemental (5), notre identité ne se résume pas à trois mots antagonistes inscrits aux frontispices de nos mairies et à une République indiscernable à qui l’on prêterait abusivement les traits de Romulus et Remus. C’est dire encore que notre patrimoine génétique débute plus avant, au moins « dès les âges préhistoriques » nous dit Bainville.

Mais il est encore plus vain de s’interroger sur quelque chose qui ne doit normalement pas faire problème. L’identité nationale a ceci de commun avec l’identité sexuelle qu’elle est subie et non choisie. Et le serait-elle (cf. le transsexualisme) que l’option, une fois épuisée (celle du pays d’accueil, via la naturalisation ou celle du sexe, via une intervention chirurgicale idoine), laisse place à l’obligation résignée de se conformer et d’agir suivant les modes de comportements inhérents à la nouvelle cellule hôte, qu’elle soit biologique ou politico-historique. La nation comme la sexualité sont donc des donnés permanents, forcément transcendants par l’inaptitude à en modifier la nature structurale profonde, mais en même temps, immanents parce que constitutifs de nos gènes, eux-mêmes fruits d’une immémoriales lignée. En conséquence, la nation et la sexualité sont une pure « méta-physique ». Aussi, de semblable manière que l’homme n’est pas une femme comme les autres (6), l’étranger n’est pas un Français comme les autres. La différenciation est de mise. Nous citerons Dominique Venner, ici, qui tenait ce propos sur l’amour de l’homme et de la femme mais qui peut s’appliquer exactement à l’amour que l’on peut porter à son pays : « aimer (…) c’est regarder ensemble au-delà de soi, partager une même vision spirituelle, une même idée de la vie, un même sentiment de beauté  (7) ».

On aura compris que l’identité, nationale ou non, ne se décrète pas et que si c’est le cas, elle n’est qu’un leurre administratif, une fiction juridique, un faux-semblant. Nos sociétés actuelles, avides et frénétiques, ne voient plus que dans et par la célérité extrême partout et dans tout. C’est la dictature du « fast », du « quick » et du « speed ». Or, il est un fait certain qu’il faut donner du temps au temps. L’identité nationale française ne peut être objet de débat que par la grâce d’un long temps ininterrompu qui a précédé le concept. La nation avant la notion, en quelque sorte.

L’introspection de notre identité nous conduit nécessairement à une interrogation (en guise de découverte) des origines fondamentales, voire fondatrices de nous mêmes comme du pays d’accueil ou de naissance. Il s’agit alors de renouer sinon de re-connaître notre tradition (8). Ce retour sur nous-mêmes n’est guère autarcique ou un repli sur soi, mais un retour à notre identité ou ce qui constitue notre être profond, pour ne pas dire notre âme, quelles que soient les époques, les turbulences et les crises (9). Nous rejoignons l’opinion de Fustel de Coulanges, historien, spécialiste de la société médiévale selon laquelle « le passé ne meurt jamais complètement pour l’homme. L’homme peut bien l’oublier, mais il le garde toujours en lui. Car, tel qu’il est lui-même à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes les époques antérieures. S’il descend en son âme, il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d’après ce que chacune d’elles a laissé en lui  (10) ».

Ce passé imprime autant de « traces » ou « griffes » indélébiles dans l’âme humaine. Bien sûr il n’est pas connu en sa plus infinitésimale chronologie. Qu’importe finalement, tant « l’oubli et (…) l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation (11)» observe Renan. Certes, répond Bainville, si aussi bien, « l’histoire, au lieu d’être l’art de se souvenir, est l’art d’oublier », il n’en faut point faire perdurer l’amnésie car « l’abréviation même devient une source d’erreur parce que, dans l’extrême resserrement des faits, l’explication finit par échapper. Les événements se résument dans une sorte de chronologie insipide ou incohérente. La clef manque (12)».Cette « clef », le célèbre historien nous la donne à re-découvrir entre les vers du Tombeau de Frédéric Mistral, père littéraire de la « belle Provençale qu’on appelait Mireille ». Bainville croit entendre dans ce bref poème « se prolonger, toujours plus affaiblies, les vibrations mêmes du temps. Et il fallait un grand poète pour montrer que l’histoire est (…) invinciblement et quoi qu’on fasse, de la légende et de la poésie (13) ».

Il existe donc une trame inscrite au plus profond de nous-mêmes, une mémoire sourde dont la voix se fait de plus en plus ténue au fil des âges. Notre identité nationale se fait plus schématique, voire caricaturale au point d’être réduite à quelques poncifs dont nous ne comprenons plus la raison d’être. La méconnaissance tient lieu alors de légende et inversement la fausse légende confine à la plus sombre des ignorances. Le monde et plus particulièrement le lieu où nous vivons, nous paraît étranger et inextricablement complexe, presque angoissant. L’égalitarisme procédural d’un John Rawls commanderait de jeter un « voile d’ignorance », c’est-à-dire de « faire comme si » rien n’avait existé auparavant ou depuis si peu qu’un passé de naguère serait vite qualifié pêle-mêle d’obscur, préhistorique et forcément « moyenâgeux (14) ».

Mircea Eliade

Ce voile, pourtant, Mircea Eliade nous invite à en soulever un coin aux fins de re-visiter nos mythes, nos faits et gestes avérés ou imaginaires. Ce faisant, l’homme parvient à sa propre re-connaissance et renaît à lui même. C’est ce que Eliade nomme « l’herméneutique créatrice ». Aux significations redécouvertes, succède une transformation, une re-naissance de l’homme. L’héritier est au diapason de son héritage spirituel : « de même, une herméneutique créatrice dévoile des significations qu’on ne saisissait pas auparavant, ou les met en relief avec une telle vigueur qu’après avoir assimilé cette nouvelle interprétation la conscience n’est plus la même. En fin de compte, l’herméneutique créatrice change l’homme ; elle est plus qu’une instruction, elle est aussi une technique spirituelle susceptible de modifier la qualité même de l’existence  (15) ».

Méditer sur son identité revient, en somme, à prendre conscience de soi et à se situer dans l’altérité et dans l’espace. Mais cette méditation métaphysique demande assurément un effort d’une nature autant que d’une intensité particulières. Retrouver ce qui nous a été transmis c’est chercher ce qui, au fond, demeure quelles que soient les vicissitudes, les aléas, les catastrophes. Telle est la tradition, une mélopée permanente, « un thème conducteur » « traduction d’une façon unique d’être des hommes et des femmes devant la vie, la mort, l’amour, l’histoire, le destin. Elle porte les principes qui transcendent la vie, les pensées et les actes (16)». De l’européanité à la francité, de Rome à Athènes, de nos paganismes primitifs au christiano-paganisme, tels sont les jalons de notre civilisation, tels sont les marqueurs de notre identité.

On mesure ici combien l’identité nationale ne s’impose pas par voie d’autorité. Elle est d’abord affaire de racines, de retour aux sources primordiales, ces sources ou se puisent la jouvence éternelle d’une civilisation. Dès lors, on comprend pourquoi l’identité nationale est surtout affaire d’histoire et de mémoire, celle-là révélant le sens des événements à partir desquels celle-ci, par un long processus de maturation, d’oublis et de tris successifs, atteindra une anamnèse fondatrice à l’origine des mythes d’une nation. L’identité nationale ne ressortit donc pas au domaine déjà étendu de la loi et du règlement et il convient d’attirer l’attention de nos gouvernants de ne pas persévérer dans l’erreur des lois dites mémorielles. Ces dangereuses manipulations d’apprentis sorciers de réécriture étatique permanente du passé, participe d’un processus totalitaire qui aggravera la conflagration déjà bien entamée de la communauté nationale (17).

La vanité du débat actuellement engagé sur l’identité nationale française ne prend nullement acte du visage de la France actuelle. Métastasé par une démographie extra-européenne exponentielle et incontrôlée, notre pays est aujourd’hui médiocrement outillé pour affronter sereinement un débat politico-philosophique de ce type. D’une part, la haine de soi est devenu le nouveau sport européo-républicain par excellence. Les Haineux professionnels (politiques, intellectuels, médiacrates en tout genre), tout en ayant une haute opinion d’eux-mêmes, excellent à souiller la France et son histoire en la vouant aux gémonies, au prétexte qu’elle se serait livrée à toute époque aux pires exactions contre les minorités. Or, cette folle entreprise est criminelle : « l’auto-accusation à l’échelle d’un peuple ne conduit pas tant à l’humilité (…) mais à la haine. (…) Se mépriser soi-même, c’est appeler sur soi la haine des autres, c’est propager la haine tout court ». De ce fait, la repentance, corollaire de l’auto-flagellation lorsqu’elle est « disproportionnée, rend les héritages intransmissibles  (18) ».

Il s’ensuit une haine raciale anti-blanc (anti-« souchiens » pour reprendre la terminologie d’une « indigène-allogène de la République ». On renverra le lecteur au lien ci-dessous qui offre un panel édifiant et vomitif du flot d’injures et d’ignominies verbales tout droit sortis de la bouche de ceux qui sont chez eux, chez nous (19).

Que penser également de ces drapeaux algériens régulièrement arborés par des populations décomplexées et souvent violentes (cf. le match contre l’Egypte où la défaite de l’équipe d’Algérie a suscité un déferlement de violences urbaines, notamment à Lyon et à Marseille (20)) ?

Donner à penser l’identité nationale à l’occasion d’une grande communion collective dans un contexte politique et social aussi explosif, démontre l’inanité de nos gouvernants qui ne savent plus quoi inventer pour donner l’illusion qu’ils conservent la maîtrise du destin national. Le modèle « républicain » d’intégration a lamentablement échoué depuis plus d’une génération parce que l’on a refusé initialement l’assimilation, au nom de l’idéologie mortifère de la diversité et de la tolérance. On terminera notre propos par cette formule connue de Charles Maurras qui prend rétrospectivement valeur de prophétie : « la nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soient, au temporel, solides et complets. Brisez-le, et vous dénudez l’individu. Il perdra toute sa défense, tous ses appuis, tous ses concours  (21) ».

Quand il n’y a plus la nation, que reste-t-il de l’identité nationale ?

Emile Beaufort

(2) Paul-Marie Coûteaux, Etre et parler français, Perin, Paris, 2006.


(3) Jacques Bainville, Histoire de France, Tallandier, Paris, 2007 (réed.)

(4) Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, Robert Laffont, Paris, 1992.

(5) www.debatidentitenationale.fr

(6) Voir, Eric Zemmour, Le premier sexe, Editions Denoël, Paris, 2006.

(7) Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens – 30 000 d’identité, Editions du Rocher, Monaco, 2004, p.207.

(8) Cédric Milhat, « L’indo-européen et son droit », Politeia, 2006, n°10, p.498.

(9) Cédric Milhat, op. cit., p.497.

(10) Fustel de Coulanges, La Cité antique. Etude sur le culte, le droit et les institutions de la Grèce et de Rome, Flammarion, Paris, 1984, pp. 4-5.


(11) Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, op. cit.

(12) Jacques Bainville, Les moments décisifs de l’histoire de France, Bernard Giovanangeli Editeur, 2009, p.147.

(13) Jacques Bainville, op. cit., p.154.


(14) On renverra à la cinglante et admirable critique de Jacques Heers, Le Moyen Age, une imposture, Perrin, Paris, 1999.

(15) Mircea Eliade, La nostalgie des origines. Méthodologie et histoire des religions, Gallimard, Paris, 1971, p.108.

(16) Dominique Venner, op. cit., p.15.

(17) Cédric Milhat, « La représentation juridique de la Mémoire. L’exemple français », Revue juridique Thémis, 2009, n°43, p. 58.

(18) Roland Hureaux, « Les Français doivent s’aimer eux-mêmes », Les Cahiers de l’Indépendance, septembre 2006, pp. 113-114.

(19) http://unionroyalistebvm.over-blog.com/pages/le-rap-en-question-2050342.html

(20) http://www.fdesouche.com/articles/81191

(21)  Charles Maurras, Mes idées politiques, Editions l’Age d’Homme, Lausanne, 2002, p.281.

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