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D'où vient notre « héritage »?

Pieds plantés dans le sol, et la tête tournée vers les étoiles, d'où à pris naissance l' « Etre Français »? Mesurons-nous, pesons-nous cette richesse inouïe d'appartenir à une nation imagée dans un corps et une âme qui ont pendant des siècles, grâce à un système politique toujours renouvelé, désiré « vivre libre »? Un indispensable rappel de notre ami Vincent De Schuyteneer...

Portemont, le 6 décembre 2009

De l’identité nationale

Qu’est-ce que l’identité nationale française ? En fait, il n’est pas vraiment de question d’identité nationale autre que française. En effet, la notion même de nation est un concept très français. Ce concept s’est forgé à travers l’histoire de la nation France par la volonté capétienne et contre l’Empire, traduisons le Saint Empire Romain Germanique.
Le géopoliticien autrichien Jordis von Lohausen dans « Les Empires et la puissance (la géopolitique aujourd’hui) », nous dit que « dans cette lutte des rois et des empereurs, les premiers étaient en position de force : ils étaient maîtres chez eux et leur pays était une entité compacte ; […] quand Louis prenait Besançon ou Lille, l’Empereur s’emparait de toute la Croatie, de la Hongrie ou de la Transylvanie. […] Mais ce que la France prenait, elle le gardait. Pour toujours. […] Il devenait une partie de la France. ».

Louis XIV au siège de Lille.


Heinrich Jordis von Lohausen (1907-2002)
Général baron autrichien ayant servi sous le maréchal Rommel puis dans l’armée autrichienne.
Spécialiste de géopolitique favorable à la constitution d'un empire européen conservateur et indépendant.

Ainsi, la France, à la différence de l’Allemagne, a réussi, par la volonté de ses rois capétiens, à intégrer, et le mot est d’importance, des « lambeaux » de territoire. Cette intégration fut lente mais totale. Les rois de France ont constitué un pré carré, une nation. A la différence de l’Allemagne pour laquelle, il n’y a pas eu intégration. Quand la France agrégeait une nouvelle ville à son territoire, l’Empire conquérait un territoire immense. Mais cette conquête ne constituait finalement pas une emprise définitive dans le sens où les peuples et territoires conquis n’étaient pas allemands et quittaient sans regret le giron de l’Empire au gré des batailles perdues.

Avec la révolution française, le modèle français, qui se veut universel, tend à s’exporter au point que désormais, on pourrait croire, en tant que français, que le monde entier l’applique, ou tente de l’appliquer, avec plus ou moins de succès, que ce modèle national sert d’étalon au reste du monde pour déterminer des « nations ». C’est du moins la vision des français, pétris par la pensée capétienne… Alors que le concept de nation est le moins partagé du monde qui lui préfère toujours le concept d’empire !

Quel est ce modèle ?

Une nation, si on en croit le Nouveau Larousse Illustré (édition de 1906), est « une réunion d’hommes habitant un même territoire, et ayant une origine commune ou des intérêts depuis longtemps communs, des mœurs semblables et, le plus souvent une langue identique ».

Ernest Renan dans « Qu’est-ce qu’une nation ? » soutient qu’une nation ne dépend ni d’une race particulière, ni d’une langue, ni d’une religion, ni d’intérêts économiques partagés, ni encore de la géographie ; la nation est « une âme, un principe spirituel » qui suppose un passé mais nécessite dans le présent un consentement et le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

Aymeric Chauprade dans son ouvrage « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire » nous précise : « Par nation, nous entendons de manière imagée un corps et un âme qui désirent vivre libre. Un corps constitué par une ethnie ou un rassemblement d’ethnies qui formaient le peuplement originel au moment où ils prirent conscience ensemble d’un destin commun ; une âme : un sentiment commun qui s’est forgé à l’épreuve de l’histoire et par la volonté d’un système politique renouvelé ; dont l’objectif de maturité est le stade État-nation souverain, c’est-à-dire la prise en main de son propre destin collectif. Comme une personne, la nation a conscience de son être, de ses caractéristiques propres. Elle est un être communautaire doté d’une âme ; elle vise normalement à l’état de liberté ».

Paul-Marie Coûteaux dans « L’Europe vers la guerre » évoque, quant à lui, que ce qui constitue un pays c'est souvent : une race, une religion, une nature ou une culture, mais aucun de ces critères « traditionnels » ne fonctionne pas pour la France…

L’Europe est un terreau intéressant pour essayer de dégager les lignes de forces de ce qui constitue une nation puisqu’elle est une myriade de « nations », avec, en certains lieux, des peuples enchevêtrés les uns dans les autres.

On voit donc que la définition d’une nation reste quelque chose de flou qui ne satisfait pas tout à fait tout le monde. De plus, de nombreuses « nations », de par le monde, ne répondent pas entièrement à chacune de ces définitions. On peut tout de même dégager des points forts qui peuvent constituer les bases de la réflexion qui permettent d’identifier des nations dès lors que quelques éléments sont réunis. Ces éléments sont : le territoire, ou plus exactement la géographie, un état, ou plutôt une administration, un peuple (des peuples ?), une langue (des langues ?), une histoire à partager, et la foi ou la religion. On pourrait considérer que la langue, l’histoire et la religion sont plutôt les éléments qui cimentent les trois autres éléments que sont la géographie, l’administration et la religion. Napoléon disait que « l’histoire d’une nation est toute entière contenue dans sa géographie », on voit bien les liens étroits qui unissent tous ces éléments.

Essayons de regarder le cas particulier de la France.

Les historiens de la IIIe République ont essayé de forger le mythe de la nation française à partir de « nos ancêtres les gaulois » et quelques grandes figures de l’histoire de France, sans compter l’exploitation de la blessure de la perte de l’Alsace-Moselle vécue à cette époque comme une amputation d’une sorte de corps mystique de la France. Il n’y a qu’à songer au « Tour de France de deux enfants » qui raconte justement le drame de deux petits alsaciens qui vont faire le « tour de France » et permettre aux têtes blondes de découvrir tout ce qui fonde l’identité française. On y parle de territoires, de terroirs même, de grandes figures historiques, on y évoque même les églises…

Il est clair qu’à cette époque, il est capital de créer un sentiment national pour la revanche. Pour créer ce ressort il est nécessaire de décrire tout ce qui fait être français : le territoire, l’histoire, la religion, des tribus constituant un peuple, une langue. Rappelons d’ailleurs qu’au début de la IIIe République, nombreux sont les français qui ne parlent pas français ! Effectivement, sous l’ancien régime, c’est le fait de reconnaître le Roi de France comme son Roi qui fait être français, il n’y a pas de papiers d’identité, et malgré l’édit de Villers-Cotterêts signé par François Ier en 1539, le français, bien que langue de l’administration et langue commune, n’est pas la langue unique ! Mais on ne se pose pas à l’époque la question de l’identité nationale. Il est d’ailleurs symptomatique qu’on se pose cette question quand il n’est plus possible d’avoir quelqu’un qui « incarne » cette identité au lieu d’être source de division, par le fait même de l’élection. Les Marocains, les Belges, les Britanniques ou les Espagnols connaissent les vertus d’un régime où le sommet de l’État s’incarne dans une personne.

La France est l’exemple d’une nation qui s’est construite pas à pas au fil des siècles par la volonté plus ou moins affirmée et continue de ses rois. Ses rois se sont appuyés sur l’autel pour parvenir à créer le ferment d’une nation. Ils s’y sont appuyés, mais ils ont bien pris garde à ne s’y confondre, il y a bien distinction entre le temporel et le spirituel. La religion Royale et la Res Publica se distinguent de la religion chrétienne tout en s'y rattachant. Cette distinction s’est muée avec la révolution française et les menées anti-cléricales de la IIIe République (voir l’ouvrage de Jean Sévilla, « Quand les catholiques étaient hors la loi ») en séparation de l’Église et de l’État, résumée en « laïcité ».

Ce ferment de la religion catholique est présent partout sur notre territoire. Chaque village a son clocher, voire plusieurs pour faciliter les querelles. Le droit français est largement inspiré du catholicisme.

Par exemple, on considère qu’un condamné qui a purgé sa peine est « blanchi », on dirait « pardonné ». La société française a toujours beaucoup de difficultés à accepter l’appât du gain au détriment des plus démunis. Cependant, il ne faudrait pas restreindre la France au catholicisme. De nombreux protestants vivent en parfaite harmonie sur le territoire français. Certes le protestantisme est une religion chrétienne. Alors regardons le cas du judaïsme. De nombreux juifs vivent en France et depuis très longtemps, pour ne pas dire depuis toujours. Il y a toujours un jeu de « je t’aime, moi non plus », mais la France est un des rares pays où il n’y eut jamais de pogrom ! Ils ont été tour à tour poursuivis et intégrés dans tous les régimes qui se sont succédés. Il n’en demeure pas moins que les juifs installés sur le territoire français sont français à part entière. Le sang qu’ils ont versé dans les tranchées de 14-18 féconde encore plus, si besoin en était, leur appartenance entière à notre nation. Les derniers venus, « en masse », sur ce registre sont bien évidemment les musulmans. Ils ont également payé le tribut de 14-18. Leur sang a coulé à côté de celui de leurs camarades. Pour cela, l’État français a érigé la grande mosquée de Paris.
Le ferment catholique n’implique pas l’exclusion des autres religions. Cependant, c’était la religion dominante jusqu’au milieu du XXe siècle. Et c’est parce qu’il y a une religion dominante sans complexe qu’il a été possible, certes parfois avec difficulté, d’intégrer des français d’autres confession. La religion est ce qui relie les hommes entre eux, et ce qui les relie à Dieu. Si l’on en croit le sociologue Maslow, c’est l’accomplissement de l’humain, le sommet de la pyramide qui construit les hommes. Il est donc capital que ce sommet soit solide au risque de voir tout l’édifice s’effondrer…
On a souvent coutume de dire que la France est une terre d’accueil. Quoi de plus naturel au fond ? La France est un finistère, c’est-à-dire le lieu où viennent tous ceux qui, venant des fins fonds du continent, veulent aller vers l’Océan. Philippe Moreau-Desfarges dans « Introduction à la géopolitique » nous dit que la France, en tant que finistère, est la fin de toutes les invasions venues du Heartland, selon la terminologie de l’amiral et géographe britannique Halford J. Mackinder. Il était fatal que des hordes barbares dévastent le pays à la chute de l’Empire Romain. Il est toujours aussi fatal qu’une nation enclavée dans le continent cherche l’alliance ou l’intégration avec la France pour se dégager. Et il est fatal que les peuples martyrisés là où ils se trouvent cherchent à fuir en passant par chez nous… Il est tout aussi naturel que la douceur du climat les incite parfois à rester…

Car ces Grandes Invasions restèrent malgré tout du domaine de quelques hommes, la population ne se transformant pas en profondeur et restant bien gallo-romaine ! On voit bien ainsi que la géographie joue un rôle essentiel dans la constitution de la nation. La géographie, le territoire, le terroir est parfois la cause de discorde, et surtout une raison suffisante pour qu’on se batte pour le conserver... C’est la terre où ont vécu nos ancêtres, nos pères. Cette terre est notre Patrie. Si Platon avait les yeux tournés vers le monde des Idées, Aristote n’oubliait pas, selon Michel-Ange et son « école d’Athènes », de lui rappeler que l’Homme vivait aussi ici ! Quoi de plus vrai ? L’Homme est un animal qui vit debout : les pieds plantés dans le sol qui l’a vu naître, et la tête tournée vers les étoiles. Quoi de plus normal alors que de considérer ce sol comme une partie de soi-même, tout comme l’arbre ne saurait vivre s’il était coupé de ses racines. A ce titre, Pierre Chaunu rappelle que la France représente à peine 1% de la population des vivants alors qu’elle représente 5% de la population des morts ! Les personnes qui sont apatrides et les exilés savent bien ce qu’il en coûte d’être privé de vivre sur la terre de ses pères. Jules Clarétie, dans « Le drapeau », ne dit pas autre chose : « il faut avoir été éloigné de son pays, sevré de toute parole qu’on a parlée depuis son enfance […] pour comprendre et sentir tout ce que contient dans ses plis cette chose sacrée qu’on appelle le Drapeau ».

Les saint-cyriens, lors de la veillée au drapeau, sentent doucement monter le long de leur échine le frisson de tout ce que cela peut représenter de force et de sacrifice. Sans aller jusqu’à dire que « la terre ne ment pas », on peut tout de même dire que la terre est bien une petite partie de nous-mêmes qui nous permet de trouver notre identité.

J’évoquais plus haut les historiens de la IIIe République qui cherchait dans l’histoire les ferments de notre identité nationale. Et cela n’est pas rien ! Si l’on démarre l’histoire de France avec Brennus et le sac de Rome en 390 avant J-C, elle se poursuit avec la conquête romaine. La conquête romaine apporte à notre pays une civilisation. L’essentiel du droit français s’inspire largement du droit romain ! Et lorsque nous évoquions la religion catholique, cette dernière s’est largement coulée dans ce moule en termes de droit. Jacques Bainville dans son « Histoire de France » dit que nous devons tout à la conquête de Rome !

A la « chute » de l’Empire Romain, c'est l'arrivée des Francs qui va bouleverser notre histoire. Ils vont se fondre dans le moule gallo-romain laïque et ecclésiastique catholique. C'est cela qui va leur permettre de se sédentariser et d'être acceptés par les populations locales, alors que les autres « barbares » refuseront cette « intégration ». Les Carolingiens, par le traité de Verdun en 843 divisent leur Empire en trois pays, la Neustrie (Francie occidentale), l’Austrasie (la Francie orientale) et, coincée entre les deux, la Lotharingie. La première deviendra la France, la deuxième l’Allemagne, la dernière disparaîtra, mais demeure le serpent de mer de la pensée politique européenne dès qu’on parle de l’union du continent en une seule nation…

Par la suite les capétiens vont former la France en lui donnant un territoire, au gré des conquêtes par sauts de puce, une administration centralisée et un système judiciaire de Saint Louis à Louis XIV. A noter qu’on a souvent coutume de parler de l’éveil de la Nation française à l’occasion de la bataille de Bouvines, le 27 juillet 1214, grâce à l'apport décisif des milices communales aux côtés de Philippe Auguste dans la bataille contre la coalition anglo-germanique.

La révolution et la république avec la monarchie parlementaire (de 1815 à 1848) apportent une pièce supplémentaire à l’édifice français avec l’apprentissage du parlementarisme et la responsabilité ministérielle devant l’Assemblée.

L’identité nationale française se forge donc dans tout cela :

  • un peuplement de l’homme de Cro-Magnon, aux peuples indo-européens envahis par les barbares germains jusqu’à nos jours...
  • une civilisation de paysans et de marins, une civilisation gréco-latine mâtinée de christianisme
  • une langue, la plus germanique des langues latines
  • une culture littéraire et la francophonie
  • des institutions politiques par la Royauté Française dans son originalité de lutte contre l’empire et la république dans sa continuité, parfois hasardeuse, de l’édifice royal.

Vincent De Schuyteneer


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