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Ferons-nous longtemps encore des yeux de merlan frit ?

En regardant la valse des étiquettes…
L’inflation est dans l’air. Notre ami Jean Jeanthon la respire à plein poumons…

Mais n’oublions pas que nous sommes entrés dans l’ère d’une présidence du pouvoir d’achat…

Portemont, le 7 avril 2008

Inflation…à qui la faute ?

Nous étions pourtant bien prévenus ! Déjà fin août 2007, les meuniers déboursaient 237 € par tonne de blé tendre contre 130 un an plus tôt. Toutes variétés confondues, cette céréale base de l'alimentation pour une large moitié de l'humanité, cotait 325 cents/boisseau en janvier 2006 au Chicago Board of Trade pour atteindre 788 au 30.08.07.

Évolution de la consommation mondiale de blé en millions de tonnes sur la période 1946 - 2005. Lire : http://www.unctad.org

Dans la foulée des boulangers, dès septembre les éleveurs de porcs lançaient un SOS suite à une hausse proche de 50% sur les aliments pour bétail (ce poste représentait 57% du prix de revient du porc en 2006 et 66% en 2007).
Même tendance pour le poulet dont le prix s'est envolé de 25% depuis août ; toutefois à l'inverse du cochon, cette revalorisation a été acceptée par la grande distribution….tout simplement parce qu'en raison d'une demande accrue à l'export et d'une offre réduite suite à la disparition du quart des éleveurs bretons sur la période 2003-2004 eh bien  la production nationale couvre tout juste les besoins…

2007 est également un bon cru pour le prix de l'énergie qui pèse 7.3% du budget familial moyen (habitat + transport), pourcentage en augmentation constante depuis 2002 malgré une consommation en repli.

Prix nominaux d'une moyenne des prix du Brent FOB UK, du WTI FOB USA Gulf et du DUBAÏ FOB Dubaï 1973 - Janvier 2008 (en dollars par baril)

Les 14.7% de hausse des carburants sur les derniers douze mois plombent, entre autres, le coût d'exploitation des chalutiers, donc le poisson coûte cher, et même sur les rayons de la grande distribution, vous savez là ou la ménagère "positive" en effectuant ses "U courses".

Les pêcheurs en colère : novembre 2007

Au demeurant, nous sommes tous bien persuadés que si le poisson est cher, la faute incombe aux pêcheurs, qui, avides de gains abusifs, pénalisent Monsieur M.E Leclerc dans sa lutte contre la vie chère !

Mais qu'en serait-il si un grand distributeur était aussi un armateur ?
Souvenez-vous, début des années 90….pendant que les pêcheurs normands croisent le fer sur les limites des eaux territoriales des îles anglo-normandes , les bretons sont vent debout face à des conditions de travail qui ne couvrent plus les frais fixes.

C'est l'époque des "Comités de survie de la pêche", le Guilvinec sud breton répond au manchot de Barneville-Carteret….

Dès 1994, l'armement Lucas de Lorient est le premier à déposer les armes, suivi de Sparfel qui avait repris les 5 bateaux de la SCAD basée à Douarnenez ; soit une flotte de 9 chalutiers hauturiers opérant de la Mer d'Irlande au sud Islande en passant par les Îles Féroé et la zone ouest Ecosse.

En 2001, scénario identique pour Furic au Guilvinec et en 2003 pour Nicot à Concarneau.

Depuis 2005, tous ces bateaux, rénovés et modernisés ont repris la mer, regroupés au sein d'un seul armement basé à Lorient et battent pavillon « Intermarché » sous l'appellation Scapêche, Société Centrale des Armements Mousquetaires, fondée en 2003.

Seule exception, les 14 bateaux de « Furic » restent immatriculés au Guilvinec.

A Lorient, 1er port de pêche français en valeur et second en tonnage derrière Boulogne, 24000 tonnes de poissons sont annuellement débarquées et proviennent pour ¼ de la pêche artisanale, ¼ de bateaux étrangers et pour moitié de la flotte « Intermarché », premier armateur national…. Les requins vivent aussi sur terre !

Les Mousquetaires-pêcheurs débarquent leurs poissons à Lochinver (Ecosse) et l'acheminent sur Lorient par camions frigorifiques : 40% du tonnage est réservé aux magasins du groupe « Intermarché », le solde étant vendu sur le marché de gros selon le circuit classique de la criée.

Telle est donc la situation sur le front du poisson lorsque, lundi 25 février 2008 F. Fillon réunit les ministres de l'Economie, de l'Agriculture et de la Consommation pour mettre en avant la responsabilité des producteurs et des distributeurs dans l'inflation alimentaire.

Une étude de l'OFIMER (office national d'intervention dans le secteur des pêches et de l'aquaculture) rendue publique fin 2007 détaille la structure du prix en euro par kilo de cabillaud depuis le marin pêcheur jusqu'au consommateur en grande surface supposée s'approvisionner auprès des mareyeurs.

  • Du pêcheur à la grande distribution :

Pour le mareyeur, le prix de revient est de 4.26 (4.06 réglés au pêcheur + 0.20 de taxe à la criée)
Sachant qu'il est admis que la moitié du poids est impropre à la consommation humaine (rendement matière compté à 50%), le mareyeur dispose donc d'une matière première à 8.52 qu'il conditionnera et livrera à son client au prix de 9.92 incluant une marge de 0.30 (soit 3% de son chiffre d'affaires).

  • De la grande surface au consommateur.

Après transport vers les divers points de vente de l'enseigne, le poisson est contrôlé pour être présenté à l'étal. Le coût de ces prestations est de 3.53 qui, ajouté au prix d'achat donne un prix de revient de 13.45.
Avant de tomber dans le panier de la ménagère, il convient d'inclure à notre kilo de cabillaud la marge de la grande distribution, soit 0.48 d’où un prix de vente hors taxe de 13.93 qui majoré de 5.5% de TVA conduit à un prix public de 14.70 (soit plus de 3.5 fois le prix payé au producteur).
Notons au passage que rapportée au chiffre d'affaire, la marge de la grande surface s'établit à 0.48/13.93 = 3.45%
Dans le cas particulier d' « Intermarché », simultanément producteur et distributeur, on imaginerait un prix public plus attractif….ce qui reste à prouver !
En effet, l'intégration du bénéfice du mareyeur fait monter la marge à (0.30 + 0.48) /13.93 = 5.60%
Selon nos estimations, les économies réalisées grâce à ce circuit direct seraient :

  1. Transports 0.50 au lieu de 1.00 sur la chaîne pêcheur-mareyeur-grande distribution
  2. Main d'œuvre 1.00 au lieu de 1.55.

Soit une économie globale de 1.05 qui, ajoutée au 0.78 précédent (0.30 mareyeur et 0.48 grande surface) amène la marge à (1.05 + 0.78) = 13.15% largement supérieure aux 3.45% "officiels"annoncés par les grandes surfaces.
En outre ce chiffre ne tient pas compte du produit de la vente des déchets (rendement matière) réutilisés dans l'industrie de l'alimentation animale.
Le comportement quelque peu opaque des géants de la distribution dans le cas du poisson se retrouve peut-être dans un domaine très éloigné, celui de l'habillement.
Au 1er janvier 2005, l'Union Européenne ouvrait ses portes aux importations de produits textiles en provenance de Chine.
Pour tenter de limiter le raz-de-marée qui s'ensuivit, Bruxelles et Pékin adoptèrent un système de quotas, valable jusqu'à fin 2007 ; malgré la demande de plusieurs pays, la Commission a refusé de négocier une prolongation des quotas sur 2008, ce qui a permis aux distributeurs de relever de presque 25% le volume de leurs commandes adressées aux entreprises asiatiques.

Bonne nouvelle pour le consommateur qui, logiquement, bénéficiera de ces importations ultra bon marché.
En novembre dernier, Eurostat (office européen des statistiques) publiait, par secteur d'activité et par pays, l'évolution des prix à la consommation sur la période 2005-2007 ; pour les prix du textile-habillement on relève

  1. Une baisse de 7.5% en Angleterre et de 3.8% en Irlande….logique !
  2. Une hausse de 3.8% en France allant jusqu'à 10.7% en Espagne….cherchez l'erreur!

Pierre Jeanthon – France Royaliste

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