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Une passion : la France !

Faudra-t-il qu’elle soit une fois de plus abaissée, humiliée et peut-être pire encore pour que nous l’aimions plus fort ?… Faudra –t-il toujours des défaites pour que nous mesurions combien alors elle nous manque ? Déjà en mai 2005, notre « Maître d’Ecole », le général Pierre-Marie Gallois qui voyait poindre les abandons futurs et les graves dangers qui suivraient s’interrogeait : « Le malheur extrême conduit-il à l’universalité ou la France a-t-elle le singulier destin d’être la patrie de l’humanité ? » Et de nous présenter alors les extraordinaires vies des tous premiers acteurs de « La France Libre ». Une Passion commune : la France !

Merci encore, mon général, de ces lignes qui témoignent de bien des mystères et qui nous montrent aussi les grandes « alchimies » de circonstances qui ont permises à la France d’être libre…

Que tous les Français humiliés par le 4 février 2008 en tirent la leçon…

Portemont, le 11 février 2008

La Guerre des cinq continents

Présentation

« Votre revue, mon cher Ami, sera l’un des éléments importants du succès de notre cause. Je vous adresse donc, pour elle, tous mes vœux et pour vous, l’assurance de ma sincère amitié ».

Londres, le 14 juillet 1940…

C’est en ces termes que le général De Gaulle concluait une lettre adressée le 1er février 1941 à André Labarthe, directeur de la revue mensuelle « La France Libre », lettre reproduite dans le n° 4 de la nouvelle publication.

« Le projet, conçu par un groupe d’intellectuels français de publier à Londres une revue française, « La France Libre », a été spontanément encouragé par d’éminentes personnalités de la science anglaise, auxquelles nous désirons exprimer ici notre profonde gratitude »,  pouvait-on lire dans le n° 1 de la revue, daté du 15 novembre 1940. Suivaient sept pages d’extraits de lettres signés par des professeurs d’université, des scientifiques, des écrivains britanniques, mais aussi américains, allant du président de la Royal Society à Somerset Maughan.

Somerset Maughan
Thomas Mann

et Thomas Mann en passant par les professeurs Linus Pauling et Harold Urey, d’outre-atlantique.

Linus Pauling
Harold Urey

D’ailleurs, dès les premiers numéros de la revue y apparurent de prestigieuses signatures : Eve Curie, H.G. Wells, Charles Morgan, Philippe Barrès, René Cassin, Georges Bernanos, Jules Romains, suivis, plus tard, par Etiemble, Albert Cohen, Joseph Kessel, Romain Gary, Jules Roy, Bernard Shaw, J.P. Sartre, Paul Eluard etc….

Le « groupe d’intellectuels français » a été initialement formé par Raymond Aron et André Labarthe auxquels allaient se joindre d’autres personnages hors du commun pour former une équipe qui, durant toute la guerre, témoigna du déroulement des opérations, des souffrances des Français sous la botte allemande, de leur combat et de celui des Français libres contre l’ennemi commun.

Raymond Aron

L’œuvre et la personnalité de Raymond Aron sont trop connues pour qu’il soit nécessaire d’y revenir ici. En revanche, l’étrange André Labarthe, comme la plupart de ses proches collaborateurs à Londres sont demeurés dans l’ombre. L’un d’eux, Stacho (prononcez Staro) Szymanczyk personne particulièrement énigmatique mais s’exprimant on ne peut plus intelligemment, publia une cinquantaine de textes sur les différentes phases du conflit mondial qui attirèrent l’attention des grands états-majors engagés dans la lutte.

Si Stacho a été le penseur à l’étonnante documentation, capable des plus subtiles analyses comme d’anticipations dont le passage du temps allait confirmer le bien fondé, il bénéficia d’un travail collectif, « l’équipe » étant à la mesure du grand homme.

L’équipe ? Labarthe, d’abord le fantasque Labarthe. Jeune, il faisait déjà étalage de ses dons : dessinateur, peintre, musicien, l’art serait son destin. Il en fut tout autrement car il devint un scientifique – il détenait des brevets relatifs aux moteurs diesel – mais aussi journaliste, écrivain, homme politique. Fantasque, il l’était assurément car sa mobilité ne tenait pas seulement à ses dons naturels, mais aussi à ses emballements, à ses engagements politiques successifs.

Il me raconta sa première rencontre avec le général De Gaulle car, dès son arrivée à Londres, il avait offert ses services au chef de la « France Libre ». Celui-ci lui confia une bien intelligente mission : se rendre sur la côte méridionale de l’Angleterre y accueillir les Français qui ne manqueraient pas de rallier cette terre de liberté et, plus spécialement, les ingénieurs, certains détenteurs de brevets présentant un intérêt militaire. Communiqués au gouvernement de Londres pour son effort de guerre, ces brevets allègeraient la dépendance matérielle dans laquelle se trouvait la « France Libre », celle-ci n’ayant d’autres ressources que celles fournies par le gouvernement britannique. La mission fut accomplie et quelques précieux brevets ainsi exploités au bénéfice des deux parties.

Homme de gauche, recruté par Pierre Cot, alors ministre de l’air au triste bilan pour les ailes françaises –  Labarthe suivit le général De Gaulle.

Pierre Cot

Mais, pour des raisons qui seront exposées plus loin, influencée par Raymond Aron, redoutant l’arbitraire des militaires lorsqu’ils approchent du pouvoir, avant la fin de 1940, l’ « équipe » – sans qu’il y parut – avait pris ses distances.

Outre Labarthe, Aron et Stacho, la rédaction de la « France Libre » allait compter Martha Lecoutre, la baronne Budberg auxquelles, de manière épisodique, se joindront l’amiral Muselier, « gaulliste » plus ou moins discipliné – plutôt moins que plus – et deux officiers de la « Royale » – mais républicains – les capitaines de vaisseau Héron de Villefosse et Moullec.

Amiral Muselier

Avec Stacho, Martha Lecoutre avait pu fuir la France sur un transport de troupes polonaises. Ancienne militante des jeunesses polonaises, elle avait été remarquée par Staline lors d’un défilé à Moscou. Douée d’une vive intelligence, parlant les langues d’Europe centrale et aussi un excellent français et un bon anglais, elle avait été correspondante de guerre tout en animant la rédaction de la France Libre, à Londres, Queensberry Place. Après la victoire, à Paris, avec Labarthe et Stacho, elle mit sur pied le mensuel « Constellation » qui prit ainsi la suite de la France libre. Sur la fin de sa vie, bizarrement tournée vers le mysticisme, elle se mit à étudier sa religion, tentée par l’alyah, le retour en « terre promise ». Aux côtés de Stacho, elle repose au cimetière de Neuilly.

La personnalité de Moura, la baronne Budberg, est assez captivante pour que Nina Berberova lui consacre un livre. Lorsque je l’ai rencontrée, en 1943, elle semblait déjà fort âgée, comme usée par une vie tumultueuse si bien que, physiquement, elle ressemblait aux petites vieilles dames que dessine, si joliment, Jacques Faizant.

Moura Baronne BudBerg

Rien, en elle, n’évoquait l’existence extraordinaire qu’elle avait menée aux côtés de grands hommes, installés dans l’Histoire.

Maxime Gorki et Moura

Elle avait vécu avec Maxime Gorki, Herbert Wells, Sir Bruce Lockhart, « agent double » anglo-soviétique, épouse un amiral « russe blanc » réfugié en Angleterre au lendemain de la révolution de 1917, après avoir conclu un mariage fictif, avec le baron Nikolaï Budberg.

Sir Bruce Lockhart

Lettre de Maxime Gorki… A une personne lui devant de l'argent, il demande de verser le tout à la Baronne Marie de Budberg, sa maîtresse russo-allemande. Le texte est autographe de cette dernière. Très amusante  et peu courante pièce…


Dans les années qui précédèrent la guerre, elle conseillait Alexandre Korda pour la mise en scène de ses films sur la Russie impériale.

Alexandre Korda

Parlant mal le français, elle le corrigeait habilement tant elle avait le sens de l’écrit, du moins l’écrit journalistique. Laborieusement rédigés mes articles étaient passés au crible et ils gagnaient toujours à avoir été impitoyablement sabrés par la baronne. Elle portait, en bandoulière, un fort sac de cuir noir dans lequel étaient rangées bouteilles  de gin et de vodka. Et il valait mieux négocier quelques ratures le matin qu’en fin d’après-midi. De forte constitution, malgré ces excès, elle n’a quitté ce monde qu’octogénaire.

Ainsi qu’il en était de Raymond Aron, on voyait rarement l’amiral Muselier dans les bureaux de la France Libre. Ils avaient l’un et l’autre, de nombreuses et prenantes occupations bien que, sous le pseudonyme de René Avord, Aron fournissait régulièrement sa copie mensuelle, et elle tenait une place majeure dans la revue. (En format très réduit la France Libre était parachutée en France et, afin de démentir la propagande de Vichy, il avait été décidé de remplacer Aron par Avord. Ce n’est qu’à partir du numéro 34
– 16 août 1943 –qu’à nouveau apparut la signature Raymond Aron. Et, en fin d’un article indirectement adressé au général De Gaulle, et au titre significatif :
« L’ombre des Bonapartes »).

Singulière personnalité, également, que cet amiral « inventeur » de la croix de Lorraine, qui supportait mal, hiérarchiquement et politiquement, de relever du chef de la France libre.

Insigne de bras tissé des Forces Navales Françaises Libres

Celui-ci lui avait confié le commandement des bâtiments français ralliés aux combats contre l’Allemagne mais ce n’était pas un commandement à sa mesure, du moins le croyait-il.

Amusé par ses propres agissements, il me raconta comment il avait su tirer parti financier de l’expédition du sous-marin SURCOUF à Terre Neuve.

Le surcouf, fleuron des forces navales françaises libres.
Leur chef: amiral Muselier

« A un petit matelot qui me paraissait astucieux j’avais confié la mission suivante : une fois à terre tu iras à la poste centrale et, avec ce cachet à croix de Lorraine, tu tamponneras tous les timbres que tu y trouveras, certains avec la croix à l’envers, ils n’en seront que plus recherchés… et tu ramènes le tout ». Mais, amiral, objectai-je, vous avez fait commerce de ces timbres ? Pour les oeuvres sociales de la Marine, bien sûr, me répondit-il.

Le secrétariat de la France Libre a été longtemps assuré par deux jeunes femmes, l’une et l’autre particulièrement efficaces. Evi Underhill, ex-Evi Gompertz, allemande ayant obtenu la nationalité britannique et devenue familière du droit anglais secondait Stacho qui s’exprimait plus aisément en allemand qu’en anglais. Elle rédigeait parfois des articles que publiait la revue. L’un d’eux intitulé « Armes de représailles ou armes expérimentales » figure dans le numéro 48 du 16 octobre 1944 et fait allusion aux travaux des physiciens allemands et à ceux  connus pour décisifs, du professeur Hahn.

Professeur Otto Hahn. Nobel de Chimie pour l’année 1944

Elle écrivait déjà : « Un gramme d’uranium produirait des effets identiques à ceux de douze tonnes et demie de dynamite, ou de 4 bombes de 4 tonnes chacune, et deux ou trois kilogrammes seraient suffisants pour anéantir une capitale comme Londres, Moscou ou New-York ». Rien de neuf dans ce constat sinon qu’il était repris par une jeune secrétaire de rédaction.

Sa collègue, Nancy Hecksher, britannique, apportait à ce groupe d’intellectuels intransigeants, ombrageux, pratiquant la sévère dialectique marxiste, l’humour anglais et le charme naturel de la jeunesse, tout ce que les épreuves vécues sur le continent par ses aînés avait totalement éliminé.

Au cours des six années de parution de la France Libre nombre d’articles n’étaient pas signés. C’est qu’ils étaient, le plus souvent, le fruit d’un travail collectif. L’actualité ou l’inspiration d’un des membres de l’équipe les mobilisait tous et la somme de leurs contributions individuelles aboutissait au texte finalement imprimé. Il m’est arrivé de participer à ces débats et j’admirais le sérieux avec lequel chaque suggestion était analysée avant d’être acceptée, ou rejetée. En particulier, les études de Stacho, dont la traduction en bon français faisait l’objet de longs échanges.

Revenons au personnage, le secret et discret, mais si érudit stratège de la revue, dont l’œuvre, dans une certaine mesure était sa raison d’être puisque la France Libre c’était surtout la France combattante dans cet univers en guerre.

De grande taille, lourd, mastoc, Stacho évoquait la silhouette maladroite d’un ours. Mais un ours plein de sagacité et de retenue, jetant un regard indulgent sur les hommes et les événements de ce monde. Sa discipline mise à part, il parlait peu, comme si l’embarrassait l’expression de ses idées dans une langue qui nous fût intelligible, l’anglais ou le français. Méditant sans cesse, il matérialisait ses pensées par un fouillis de notes qu’il développait oralement devant Evi Underhill ou Raymond Aron, l’allemand leur étant langue commune.

La Royal Air Force accordait à ses équipages engagés en opérations de guerre six jours de congés toutes les six semaines.

Londres bombardée.

Je les passais à Londres allant de la bibliothèque du lycée français à Queensberry place, avec intermèdes fort appréciés, des déjeuners chez Stacho. Julia, sa servante hongroise tenait, fastueusement, le ménage où vivait également Martha Lecoutre, lorsqu’elle était à Londres et où la baronne traitait ses invités. Sans doute, Julia trichait-t-elle sur les « points » des cartes de rationnement tant était appétissant son ordinaire. Aussi, marchions-nous, longuement, dans Londres encore soutenus par les attentions alimentaires de Julia, Stacho emportant dans ses poches saucisses et concombres. S’arrêtant à un carrefour, il me tendait une saucisse en me disant amicalement « tiens, mange petite idiot ». Et, à l’arrêt suivant, c’était le cornichon qui m’était offert, avec la même recommandation.

Ces agapes ambulatoires ne limitaient pas la conversation. Heureux d’avoir un auditeur attentif, pratiquant le métier des armes une vingtaine d’années après lui, Stacho dissertait sur les péripéties de la guerre, chiffres, souvenirs historiques, doctrines stratégiques à l’appui. Clausewitz, Delbrück von der Golz et, naturellement, Ludendorff, Liddel Hart, Savkin et Frunze étaient fréquemment cités. Et aussi le général Groener, l’adversaire de la Pologne au temps de la république de Weimar.

Militariste convaincu, Ludendorff aimait à dire que la paix n’était en fait qu’un intervalle de temps entre deux périodes de guerres :

Général Wilhelm Groener

C’est au cours d’une de ces longues promenades que Stacho me raconta, goguenard, dans quelles conditions – tragi-comiques – il avait probablement échappé à la mort. Au lendemain de la défaite allemande de 1918 la révolte grondait outre-Rhin, des « Conseils de soldats »  et des formations ouvrières spartakistes  conduisaient de véritables mouvements révolutionnaires instaurant le socialisme  et luttant contre le gouvernement Ebert-Noske.

Friedrich Ebert. Premier président du Reich sous la république de Weimar.

Stacho, ancien officier de l’armée polonaise s’était joint aux révolutionnaires, soit aux formations militaires, soit aux groupes spartakistes, il ne me le précisa point.

1919. ouvriers « spartakistes »

Ce devait être en janvier 1919, alors que des dizaines de milliers de travailleurs de la région de Hambourg et de Altona se rassemblaient pour « sauver les conquêtes de la révolution ». Une ordonnance gouvernementale datée du 19 janvier limitant la liberté d’action des « Conseils de soldats » avait mis le feu aux poudres et la révolte avait pris une telle ampleur que Noske décida d’engager ses corps francs pour mâter la rébellion.

Réprimera l’insurrection spartakiste  lors de la « Semaine sanglante » de Berlin du 6 au 15 janvier 1919 : «  Il faut que quelqu'un fasse le chien sanglant : je n'ai pas peur des responsabilités ». Rosa Luxembourg sera assassinée par les Freikorps sur l’ordre de Noske.

Gustave Noske. Ministre de l’armée de la république de Weimar.

D’après le récit de Stacho, il se trouvait dans un bâtiment officiel qu’assiégeaient les « forces de l’ordre », probablement à Hambourg ou à Brême. Tenu pour l’intellectuel des rebelles, il s’était installé dans les caves de l’édifice, rédigeant des proclamations, préparant des communiqués de presse, envoyant des appels au secours…  Le siège se poursuivant, l’on vint lui annoncer que le « chef » avait été tué et qu’il devait prendre le commandement de la résistance. Stacho abandonna ses papiers et monta dans les étages. Des sacs de terre transformaient les fenêtres en meurtrières d’où les assiégés, au fusil, ripostaient aux tirs des « réguliers ». Afin de galvaniser mes hommes, me dit Stacho, prenant un pistolet et criant « vive la révolution » j’en pressais la détente. Mais tirant en l’air, je coupais les attaches d’un énorme lustre, qui avec ses plâtras  tomba sur moi et m’assomma. Les corps francs gouvernementaux donnant l’assaut ce fut la débandade et on laissa notre homme pour mort. Il ne reprit ses esprits qu’à la nuit et un calme relatif revenu il réussit à s’enfuir.

En 1940, Stacho, ex-officier polonais, politiquement formé à Moscou, fuyant d’abord en France l’arbitraire et les persécutions  national-socialistes, puis en Angleterre, avait mesuré à ses dépens la précarité de l’existence. Renonçant à l’action, enfin protégé des atteintes de l’ennemi, il lui restait à faire la synthèse de la somme d’analyses suscitées par une vie aussi tumultueuse. Son œuvre est considérable. Elle le situe dans la lignée des grands commentateurs militaires, de Thucydide à Delbrück en passant par César, Vegèce, Villehardouin, Maurice de Saxe…

Thucydide
Maurice de Saxe

Dans les treize volumes qui constituent la collection des numéros mensuels de la France Libre figurent au  moins une quarantaine d’études sur la Seconde Guerre mondiale, la majorité signée, d’autres non signées mais qui, à l’évidence ont été inspirées, sinon entièrement rédigées, par Stacho.

C’est le cas de l’éditorial du numéro 1 de la revue, numéro daté du 15 novembre 1940 et signé par André Labarthe. Mais manifestement rédigé avec la collaboration de Stacho.

Sir Basil Henry Liddell Hart

Son maître, Clausewitz est cité – Stacho le fera connaître à Raymond Aron –le plan Schlieffen évoqué et il est fait allusion aux théories stratégiques du général De Gaulle, de l’amiral Castex et de Liddell Hart souvent cités par notre stratège.

Carl von Clausewitz

L’éditorial rapporte les déclarations du maréchal Kesselring, celles du général Speidel, évidemment traduites par Stacho qui étudiait la presse suisse et allemande dès qu’elle atteignait Londres. Mais, surtout, il faut noter l’usuelle perspicacité du Polonais lorsqu’il estime que « l’Allemagne a le choix entre trois champs de bataille, la Russie, l’Angleterre et la Méditerranée »…. et que la Russie sera la première victime de la prochaine attaque allemande. Et cela sept mois avant le début, en juin 1941, de l’opération Barbarossa.

Début de l’Opération Barbarossa

Dans la Bataille de France, texte paru le 15 janvier 1941 le critique militaire de la France libre  inaugure la série de ses études intentionnellement anonymes. Il ne peut signer d’un nom quasi illisible en français, répugne au pseudonyme et préfère exposer le point de vue de l’ « équipe » collectivement. Perspective à l’époque originale, il s’étonne que l’état-major français ait été surpris par la répétition du plan Schlieffen, cette fois conduit en ouragan grâce au « moteur combattant ». Il révèle que les Allemands estimaient que si les Français avaient « verrouillé » la ligne Anvers-Sedan, pivot de la manoeuvre, ils eussent été plongés dans l’embarras.

Plan Schlieffen

Etudiant les articles de Stacho – en particulier ceux qu’il a retenus pour former sa « Guerre des cinq continents » –  l’on constate qu’ils sont fondés sur une forte culture stratégique, la connaissance de l’adversaire, une documentation chiffrée qui suscite et confirme le raisonnement, l’apologie de l’effort de guerre soviétique, enfin une perspective que la suite des événements met bien rarement en défaut.

Dès le premier numéro de « la France Libre » annonçant implicitement son entreprise, Stacho avait pris soin de définir la stratégie de l’ennemi : « mobilisation permanente et coordination de toutes les ressources dont dispose un peuple en vue de la lutte contre les autres peuples… usage systématique de tous les moyens matériels et psychiques que la science met au service de la volonté de puissance… la guerre pousse à son terme logique la pensée de Clausewitz ».

Alfred comte von Schlieffen

A plusieurs reprises le critique militaire de « la France Libre » revient sur le plan Schlieffen  « Les résultats rapides voulus par Schlieffen – en 1914 – et obtenus par ses élèves en 1940 étaient destinés, en particulier, à couper la liaison franco-britannique mais, en même temps, ils entraînèrent, pour la Reichswehr la perte du champ de bataille où elle pouvait manifester sa supériorité… bien plus, ils changent radicalement, pour la stratégie allemande, les conditions de la guerre… l’Allemagne, puissance continentale a toujours livré combat sur terre ».

Trois ans après que Stacho eut écrit ces lignes, j’en discutais encore avec lui en introduisant l’aviation dans le débat. Cette conception prioritaire du combat terrestre – due à la « continentalité » de l’Allemagne – lui a joué le mauvais tour d’avoir à affronter la Grande-Bretagne sans disposer de l’aviation lourde de bombardement qui lui eût été nécessaire.

En revanche, privée par la défaite des armes de la France, d’un théâtre d’opérations terrestre, l’Angleterre n’avait d’autre recours que le combat sur mer et que le bombardement stratégique de l’ennemi, deux théâtres d’opérations auxquels l’insularité l’avait préparée.

D’où deux hypothèses : une perspective stratégique allemande défaillante ou une erreur politique, Berlin s’imaginant que, Paris vaincu, Londres composerait à coup sûr. Stacho penchant pour la seconde hypothèse, l’erreur politique d’un tyran détesté plus que la faute d’un état-major dont il ne contestait pas la science.


Les Français, qui aujourd’hui, s’apitoient sur les Allemands victimes des bombardements de la « Royal Air Force et de l’  « USAF » ne se rendent pas compte que c’est la désastreuse campagne de France qui avait conduit la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis, à poursuivre la lutte sur et sous les mers et dans les airs par les bombardements stratégiques.

 

L’Allemagne ne s’y était pas préparée, son aviation étant plutôt conçue pour devancer et prolonger les tirs de l’artillerie et des chars, c’est-à-dire les principales armes du combat terrestre, continental. (L’enveloppement vertical par les troupes parachutées mis à part, l’Union soviétique, puissance continentale, avait adopté une stratégie générale semblable).

L’ historien Hans Delbrück

Disciple de Hans Delbrück  (1848-1929) Stacho s’en inspire souvent. En 1909 Delbrück écrivait que l’Angleterre tient l’Egypte et les Indes parce que, grâce à son absolue maîtrise des mers, elle peut concentrer partout où elle en a besoin une force suffisante.

Pour  l’Allemagne, puissance navale de second ordre, toute position de ce genre sera intenable ». (cf. La Bataille de l’Allemagne numéro d’avril 1941). Autre erreur de Hitler ? Stacho l’explique par un texte de J. Haller paru dans les Süddeutsche Monatshefte de 1917 : « l’erreur cardinale a été notre refus de l’alliance anglaise qui nous avait été offerte, au tournant du siècle, par Chamberlain, aux côtés de la Grande-Bretagne nous aurions eu à vaincre la Russie… la France, et ensuite seulement, nous aurions construit une flotte et préparé l’explication finale avec l’Angleterre ». Stacho estimait que cette conception avait été reprise par Hitler, d’où, sans doute, le pari hitlérien sur un ralliement de Londres. (numéro d’avril 1941).

L’histoire militaire relativement récente vient souvent à la rescousse de l’argumentation. Non seulement le plan Schlieffen est régulièrement évoqué mais aussi la manière dont il fut exécuté. « Le général Moltke, chef responsable de l’armée allemande disait, en 1915, au député Erzberger qu’il avait, dès l’origine, tenu pour une faute la concentration à l’ouest de la masse des forces du Reich… hypothèse alors admise d’une guerre courte ».

Il fut chef d'état-major de l'armée allemande de 1906 à 1914 où il appliqua le plan Schlieffen

Helmuth Johann Ludwig, comte von Moltke

Mais qu’en ira-t-il avec la perspective (en Russie) d’une guerre longue ? « L’état-major allemand » attaque la Russie avant le règlement de compte final avec les Anglo-Saxons afin d’acquérir une situation comparable à celle des Etats-Unis… n’être nulle part vulnérable à une attaque continentale. La stratégie allemande orientée en théorie vers des objectifs limités, élargit indéfiniment le champ des hostilités ». (numéro du 17 juillet 1941).Stacho estimait que la « méthode stratégique adoptée par les Allemands sur les champs de bataille de Russie peut être considérée comme la combinaison de deux idées : l’une, anglaise et l’autre russe.

La première est celle du char de combat, transposition du combat terrestre par un peuple de marins du vaisseau cuirassé.

Panzer IV Ausf F2

Semion Mikhaïlovitch Boudienny

L’autre, est l’idée stratégique de Boudienny dans la guerre contre les Polonais de concentrer ses forces, au rebours de toutes les règles de la stratégie linéaire, sur un point donné.

Celui-ci (Boudienny) avait réussi, en 1920, une contre-offensive contre l’armée polonaise qui avait envahi l’Ukraine.

Souvenir personnel sans doute… Stacho ajoutait : « le succès de cette manoeuvre avait fourni au général Erfurth, théoricien de l’état-major allemand, le principe d’une stratégie nouvelle, tanks et avions représentant à un degré de puissance incomparablement plus grand, l’équivalent de la cavalerie de Boudienny ». (numéro du 15 septembre 1941). Notre critique militaire se réfère fréquemment à Clausewitz dont il actualise les conceptions : « dans la forme absolue de la guerre, il n’y a qu’un succès, le succès final. Jusque-là rien n’est décidé… la guerre est donc un tout indivisible dont les parties (les succès particuliers) n’ont de valeur que par rapport à ce tout ». C’est ce que le général De Gaulle avait exprimé si clairement en une formule « nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre ».

Et toujours Delbrück : « au 14 juillet 1918,  1.019.115 hommes avaient été envoyés (par les Etats-Unis) vers la France, 291 seulement s’étaient perdus en mer. Aussi Delbrück écrivait-il : nous comprenons, maintenant, comment Foch a pu entretenir sa grande offensive depuis le 18 juin, entre l’Aisne et la Marne ». (numéro du 15 janvier 1942).

A propos de la surprise que fut l’entrée en guerre du Japon, la géographie condamnant l’unité Berlin, Rome, Tokyo à rester une pure chimère.
Stacho rappelle qu’en 1904 l’empereur Guillaume fit étudier les possibilités d’une expédition vers les Indes… une telle campagne impliquant des années de préparation… Le chemin de fer Berlin-Bagdad put être considéré comme la première étape d’une marche vers les Indes. (numéro du 17 avril 1942).

Stacho avait étudié les thèses de l’amiral Barjot sur les rôles respectifs de l’aviation dans les mers étroites et du vaisseau de ligne sur les océans. Il le cite longuement dans ce même numéro pour conclure à « Malte et au destin de toute campagne en Méditerranée liée à la sauvegarde de l’île fortifiée ».

Fort lucidement notre auteur estimant – dès janvier 1943 – que le débarquement des forces américaines en Afrique du nord – y devançant celles de l’axe ? – et la victoire d’El Alamein signifiaient le passage des Alliés à la phase d’anéantissement (des Allemands). De même que le 17 novembre 1917, près de 400 chars avaient enfoncé les lignes allemandes et annoncé la percée de 1918, de même «El Alamein a été la première bataille gagnée contre l’Allemagne où le char d’assaut a imposé son grand style ».

Bataille d’ El Alamein

 

Le général Sir Bernard Montgomery à la bataille d'El Alamein

Le critique militaire de la France Libre s’était assuré, durant ces années de guerre, l’accès à une partie, au moins, de la presse suisse et allemande. Il l’étudiait soigneusement, en homme averti à la fois des affaires militaires et des procédés de la propagande des autocrates. De surcroît, les méandres de la pensée germanique lui étaient familiers.

Dans « La phase des guerres éclair est-elle terminée ? » premier numéro de la Revue signé André Labarthe, c’est, naturellement, Stacho qui cite la Deutshe Wehr traitant de « l’énervement croissant des peuples européens » soumis à la guerre psychologique telle que sait la conduire l’état-major hitlérien. Plus loin, dans le même article, un discours aux représentants de la presse étrangère prononcé par le maréchal Albert Kesselring a été utilisé pour annoncer « une nouvelle campagne foudroyante » contre les îles britanniques, le maréchal faisant allusion à « une nouvelle arme secrète » (qui ne sera utilisée contre l’Angleterre que quatre années plus tard).

Par le Basler Nationlazeitung, Stacho a appris que « l’on construit aujourd’hui, en Allemagne, des avions et des sous-marins sur une échelle jusqu’à maintenant inconnue ».

Junkers Ju-87 (Stukas)

Selon les experts militaires de la presse suisse le « contre blocus » exercé par l’Allemagne « ne serait pas de nature à mettre fin… aux secours américains ».

« La question de la flotte française est posée… Hitler a vainement tenté d’en obtenir la remise… il s’agit, pour lui, de créer des occasions de heurt entre les flottes anglaise et française.

L’amiral (allemand) Gladisch écrit : le lien géographique et militaire des deux pays fait songer à la dépendance réciproque de frères siamois… une opération chirurgicale ne saurait les séparer l’un de l’autre sans provoquer un extrême péril de mort ». (près d’un an après Mers el Kebir puisque ce texte a paru dans le numéro d’avril 1941).

A Londres, à Queensberry Place, l’on étudiait également les ouvrages techniques allemands. Stacho cite Fiedensbourg qui écrit dans son livre Die mineralischen Bodenschätze.  « De toutes les grandes puissances, la Russie est la seule à pouvoir envisager les dangers d’une nouvelle guerre avec beaucoup plus de confiance qu’en 1914 en ce qui concerne son approvisionnement en charbon et en fer en particulier, et même son approvisionnement en général ». (numéro du 17 juillet 1941 relatif à la Campagne de Russie).

Contre la Russie, le IIIème Reich massait toutes ses forces. L’état-major (allemand) suit les règles qui ont été fixées par le feld-maréchal von Loeb : « le plan de guerre doit être absolu…. renoncer à tous les plans qui exigeraient une dépense de forces sur les fronts secondaires ».

Max Weber

Hitler connaissait moins bien Max Weber que Stacho : « Dans un document remis, en 1916, aux chefs de partis, aux députés les plus influents, au ministre des Affaires étrangères et au chancelier du Reich, il formulait les règles que l’Allemagne devait suivre à l’égard des Etats-Unis… une fois engagée dans une guerre, l’Allemagne doit peser soigneusement  le facteur américain ». Et Stacho ajoutait : « si l’intervention américaine leur fait apparaître (aux Allemands) la défaite comme inévitable, un tel état d’esprit conduit fatalement à un effondrement moral ». Le peuple tiendra par le haut Commandement d’où le complot de 1944 contre Hitler. (numéro du 15 janvier 1942).

 

Dès février 1942, le critique militaire de « la France libre » prédit que « l’offensive allemande en Russie entraîne les troupes germaniques dans une marche précipitée, furieuse soumettant hommes et matériels à une tension sans pareil ». Il cite Soldan, écrivain officiel de l’état-major hitlérien… « à l’est il est d’innombrables régiments d’infanterie qui peuvent difficilement se souvenir d’un seul jour de repos… le groupe d’armée du centre n’a, pour ainsi dire, jamais été au repos ». D’ailleurs le même Soldan, dans un article publié le 17 décembre 1941 par le Völkischer Beobachter avoue les erreurs allemandes : « Le Commandement a sous-estimé considérablement le potentiel de guerre russe… d’après l’expérience finlandaise les Allemands s’étaient fait une fausse idée de l’armée russe ».

L’entrée en guerre du Japon a été l’occasion, pour Stacho, de citer
le général Tojo dont il avait étudié les discours au parlement japonais, Tojo invitant « les peuples des régions occupées à prendre part à l’édification de la zone de prospérité asiatique ».

Le général et Premier ministre Hideki Tojo

Stacho m’avait parlé des thèses du général Haushofer qui avait été attaché militaire allemand au Japon, m’initiant ainsi à un maître de la géopolitique allemande. (numéro du 17 avril 1942).

Le général Karl Haushofer a fondé et dirigé l’Institut de géopolitique de Munich.

L'influence la plus sûre de Haushofer sur le nazisme est son amitié avec Rudolf Hess, qui fut son élève. En outre, il a rencontré Hitler pendant son emprisonnement et l’écriture de Mein Kampf.

 

 

 

 

 

 

 

 

A nouveau dans le numéro du 15 août 1942, Stacho a recours au Völkischer Beobachter, celui daté du 24 juin. « L’ennemi tenta d’arrêter notre poussée à Oskol, en dépit d’une forte résistance. Sa ligne de défense fut enfoncée. Mais, alors il se révéla que la région derrière Oskol était vide de tout ennemi… la constitution d’une poche n’avait pas de sens ». Mais si, corrige Stacho qui avait étudié la carte, « la résistance à Osko ne visait qu’à retarder et non à arrêter, l’avance allemande ».

Dans la Deutshce Allgemeine Zeitung du 19 juillet 1942, le général Abercom avait écrit que « de Voroneje on peut pousser… vers le nord et aussi couper les liaisons vers la région de Moscou », ce que conteste la Neue Zücher Zeitung et notre critique militaire qui ajoute : « La résistance russe a donc réussi – et c’est là le fait décisif – à canaliser dans une certaine direction l’avance allemande ». (numéro du 15 septembre 1942).

Troupes Russes en 1941


Stalingrad, septembre 1942

Russie c. 1942-43 Photo: Mikhail Trakhman

Il serait fastidieux de rapporter ici la documentation chiffrée dont Stacho fit amplement usage pour justifier son argumentation ou seulement pour renseigner le lecteur que les comparaisons chiffrées ne peuvent laisser indifférent. La « bataille de France » et l’équilibre des forces en présence (numéro du 15 janvier 1941), celle de « l’Atlantique » (15 avril 1941), la « Campagne de Russie » et l’inventaire des ressources de l’URSS en matières premières (15 juillet 1941), la « Stratégie des routes » et ses considérations géographiques (15 décembre 1941), la « Seconde campagne d’été » en Russie (15 août 1942), les bilans des industries d’armement des pays en guerre qui figurent dans le numéro d’octobre 1942 et, enfin, les comparaisons des performances des matériels du combat terrestre (15 mars 1943) sont abondamment chiffrées. La formation intellectuelle du jeune Stacho dans les académies militaires de l’est n’est pas étrangère à ce souci – marxiste – d’étayer le raisonnement sur des nombres difficilement discutables.

Bien que polonais par son lieu de naissance (Territoire de Teschen, au sud de la Pologne) Stacho ne cachait pas son admiration pour la résistance russe à l’agression hitlérienne, le militarisme allemand, sous toutes ses formes, lui étant odieux. Rappel historique, il cite Foch « parlant avec le plus grand respect de la contribution que la Russie a apporté à la victoire des Alliés ». Stacho souligne les « énormes progrès réalisés, …en particulier, la base industrielle de la force militaire a été créée », créée par le régime soviétique…. lequel, « depuis 1934 (a procédé) à des dépenses militaires croissantes…correspondant à une transformation de l’armée russe en nombre, en armement, en équipement ». Et plus loin, il écrit encore : « les Allemands… n’ont pas caché leur surprise dans leurs journaux et leur radio :  la qualité du soldat russe… les Russes savent, aujourd’hui, lire et écrire, ils ont été entraînés aux sports, on leur a appris à tirer à se jeter en parachute ; corps, esprit, nerfs ont été préparés à la guerre moderne… ils continuent le combat dans des conditions où tout autre troupe se serait depuis longtemps rendue ». (numéro du 17 juillet 1941).

Stalingrad 1942 | Snipers Nickolai Ilin and M. Lapa, 1942

Dans le numéro la France Libre paru le 15 septembre 1941, même constat élogieux… « la Reichswehr… en était restée, en matière de défensive aux conceptions anciennes et n’avait pas prévu la méthode moderne de défense appliquée par les Russes… l’armée russe était depuis longtemps une des plus moderne du monde… les Russes ont été les premiers à concevoir l’idée de l’enveloppement vertical et à organiser des unités régulières de parachutistes ».

« L’état-major russe, le premier, comprit la nature de la guerre motorisée. L’état-major allemand adopta les théories de l’état-major russe et les appliqua avec l’esprit de système caractéristique des Allemands ». Et, plus loin, dans le même numéro, celui du 16 février 1942, Stacho revient à l’Allemand Soldan pour le citer « jadis, le soldat des tzars était largement inférieur au soldat allemand. Le soldat de la Russie bolcheviste est devenu au moins l’égal de notre soldat, bien plus, souvent il lui est même supérieur ».  En somme Stacho constatait que la résistance victorieuse des armées soviétiques justifiait ses engagements de jeunesse et il ne dissimulait pas sa satisfaction.

Les événements ont bien rarement infirmé les prédictions de Stacho lorsqu’il se hasardait à en faire.

C’est ainsi qu’il écrit dans le premier numéro de la France Libre : « La pause techniquement nécessaire pour la mise au point de l’attaque (l’invasion) n’a-t-elle pas permis à la Grande-Bretagne de perfectionner sa défense – ce qui est devenu décisif ? » Il constatait que, puissance de la Terre, l’Allemagne ne s’était pas préparée à s’en prendre à une puissance de la Mer ? D’où la faillite de son grand dessein. Dès avril 1941 Stacho prophétise : « Les usines américaines d’aviation, mobilisées à plein, surclasseront celles de tous les autres pays. Si donc l’Angleterre tient le temps nécessaire, elle peut arracher la supériorité aérienne, la maîtrise de l’air et, finalement, paralyser la machine de guerre germanique ».

Bombardiers britanniques Stirling


Bombardier américain B17

Il préfigure comme suit le débarquement de juin 1944 « La tentative d’invasion est susceptible de revêtir des formes différentes. On peut songer d’abord à une tentative foudroyante sur le modèle des campagnes éclair sur le continent. Au jour et à l’heure fixée des milliers d’avions foncent sur leurs objectifs, les troupes cherchent à débarquer ».  Improbable,  pratiquée par l’Allemagne cette tentative sera matérialisée avec succès par les Alliés trois ans plus tard. (numéro du 15 avril 1941).

Débarquement juin 1944

« Le ravitaillement en pétrole est devenu… un des éléments essentiels de la stratégie ». L’échec de la marche vers Bakou et les bombardements par la R.A.F. des usines d’essence synthétique ont paralysé la machine de guerre allemande, à la fois sur le front russe et sur le front atlantique… (numéro du 17 juillet 1941 et numéro suivant, paru le 15 septembre 1941).

« A l’âge de l’aviation, la flotte a besoin de l’arrière-pays, en même temps que des bases, comme l’a montré l’exemple de la Crête. La politique des bases temporaires doit être complétée par une politique de la proximité de la Terre ». (publication du 15 décembre 1941). Ce qui sera vérifié en Méditerranée.

En juillet 1942, Stacho écrit déjà : « Le centre de gravité de la guerre s’est déplacé vers le sud. Certes, de grands combats seront encore livrés plus au nord… sur tous les secteurs où les Allemands veulent détruire l’armée russe. Mais, cette destruction est une entreprise gigantesque ».

« Deux données essentielles seront caractéristiques de la situation stratégique… lorsque les Alliés prendront l’initiative : le manque de bases et la supériorité aérienne, c’est-à-dire la supériorité dans l’arme dont l’expérience a plus que jamais confirmé qu’elle était l’arme des possibilités illimitées… Les événements du Pacifique, de cette situation, donnent aujourd’hui une image ». (numéro d’octobre 1942). La stratégie des Etats-Unis de conquête successive des îles du Pacifique confirme ce point de vue.

Conquête d’Iwo Jima

Hiroshima prouvera que, l’avion avait des « possibilités illimitées », du moins associé à un explosif dissipant une formidable énergie de destruction.

Une bombe… « Little Boy »


Un avion… un équipage…


Un largage…


Hiroshima, après…

Stacho a bien été le seul à concevoir et à formuler cette gigantesque analyse de cinq années de guerres d’extermination. A la différence de Labarthe, d’Aron ou de Muselier, les querelles politiques qui opposaient les Français réfugiés à Londres ne l’intéressaient pas. Stacho travaillait seul, Evi Underhill traduisait en anglais, Aron et Labarthe conseillaient de temps à autre et, comme disait Martha Lecoutre « formulaient » en bon français l’expression parfois difficile de la pensée de Stacho. A partir de 1943 plus rares ont été les visites de R. Aron aux bureaux de « la France Libre ». Quant à Labarthe, il partit aux Etats-Unis y fonder une nouvelle revue (Tricolore), si bien que le tandem Stacho-Budberg – auquel s’ajoutait épisodiquement Martha Lecoutre – forma l’équipe rédactionnelle de « la France Libre ».

Ambiguë avait été, vis-à-vis du général De Gaulle, la situation de « la France Libre ». Aucun des collaborateurs occasionnels à la rédaction de cette publication, qu’il ait été sollicité par Aron, par Labarthe, par la baronne ou par Muselier ne connaissait les origines de l’entreprise et pas davantage ne se souciait des opinions des créateurs de la revue.Elle défendait, avec ardeur, la France, se montrait la voix des Français libres de l’emprise hitlérienne, parachutée en métropole, en format réduit, elle encourageait à la résistance, diffusant les exploits de la France combattante. Les études stratégiques de Stacho n’annonçaient d’autre issue que la victoire et cela dès les premiers numéros alors que l’Allemagne triomphait encore.
                  
Ce n’est qu’une dizaine d’années après la Libération, à Paris, que Martha Lecoutre alors qu’elle co-dirigeait « Constellation », me révéla qu’au cours de l’été 1940, les « services spéciaux » britanniques avaient approché Aron et Labarthe, leur offrant plusieurs milliers de livres sterling – une première mise de 6.000 livres sterling si ses souvenirs – et les miens –  sont exacts pour financer le démarrage d’une publication qui aurait pour mission de porter bien haut le flambeau de la démocratie afin que le général De Gaulle n’ait pas le sentiment d’être le seul à parler au nom de la France.

D’après la lettre de février 1941 citée précédemment, le général ignorait, du moins à l’époque, la manœuvre de « l’Intelligence service » d’autant qu’il associait ce succès de la revue à sa cause, celle de la France. Il en fut sans doute informé plus tard ce qui explique les distances qu’il prit avec Raymond Aron. Celui-ci avait d’ailleurs rempli le contrat conclu avec les Britanniques. Quelques titres de ses articles publiés par « la France Libre » en témoignent : « Naissance des tyrannies » (juin 1941), « Impérialisme germanique » (juillet 41). « Tyrannie et mépris des hommes » (février 1942), «La menace des Césars » (novembre 1942), « Le renforcement du pouvoir et l’instabilité ministérielle » (mars 1944) et, surtout « L’ombre des Bonapartes »  publié en août 1943, au moment où, à Alger, le général De Gaulle l’emportait sur le général Giraud.

En 1947, Raymond Aron avait tenté de faire oublier ses réserves vis-à-vis du général en adhérant au « Rassemblement du peuple français » (RPF). Il n’y occupa pas la place qui lui revenait en raison de la puissance de sa pensée politique. Ce qui explique sans doute, au moins pour une part, son ralliement à la stratégie des Etats-Unis telle que la définissait Foster Dulles au milieu des années 50.

Général Douglas MacArthur et John Foster Dulles, en juin 1951, au Japon.

Cherchant un point d’appui R. Aron en bénéficia outre-atlantique comme il l’avait trouvé outre-manche.

Au cours de ces années 50 les relations nouées à Londres durant les hostilités étaient devenues plus solides. Raymond Aron venait souvent déjeuner avec moi au Quartier général de l’OTAN alors que j’y travaillais à l’élaboration de la stratégie nucléaire de l’OTAN. C’est au cours de ces conversations qu’il insista longuement pour que je publie un livre exposant la « révolution atomique des affaires militaires ». J’étais réticent, ayant à faire la part entre ce que je savais et ce qui pouvait être rendu public. Cédant finalement à ses instances, je me mis au travail et lui remis un manuscrit pour la collection qu’il dirigeait chez Calmann-Lévy. Aron préfaça fort élogieusement l’ouvrage qui, rédigé durant l’été 1959, parut en 1960. « Tous les responsables du destin national devraient lire et méditer « (ce livre) » écrira-t-il en présentant « La stratégie de l’âge nucléaire ».

Mais, 1960, a justement été l’année d’une révolution dans la révolution de l’atome. Les deux superpuissances s’équipent en armements balistiques à longue portée et, surtout, était apparu le sous-marin à propulsion atomique capable de lancer à grande distance l’explosif nucléaire. Les Etats-Unis perdent ainsi l’immunité que leur conféraient la distance et la protection de trois océans. La mer n’est plus une protection mais la source d’imparables périls. Arrivant au pouvoir – quasi
simultanément –, l’équipe Kennedy adopta une nouvelle stratégie. Ce ne sera plus inconditionnellement que les Etats-Unis défendront l’Europe de l’ouest, mais, éventuellement, si les circonstances le permettent et en faisant l’économie du recours à l’intimidation nucléaire. Le général De Gaulle réprouva cette volte-face en y voyant toutefois un encouragement à la mise sur pied d’une arme nucléaire nationale, garantissant, en toutes circonstances, la sécurité du pays. En revanche, à ma grande surprise, R. Aron se fit dans les colonnes du « Figaro », l’avocat de la pirouette américaine et publia un livre pour la justifier, livre dans lequel il tournait en dérision les textes qu’il avait chaudement approuvés dans la « Stratégie de l’âge nucléaire » quelques mois plus tôt.

Le trio Labarthe-Lecoutre-Stacho s’en indigna. Et c’est alors que Martha Lecoutre me révéla la tractation de 1940 avec « l’Intelligence Service ». D’ailleurs, en 1963, de passage à Paris, le colonel Robert Kintner, auteur de plusieurs études de tactiques et qui animait, à Philadelphie, un Centre d’analyse stratégique, ancien consultant  à l’OTAN, demanda à me rencontrer. Je me rendis à l’hôtel Castiglione rue du faubourg Saint-Honoré où il résidait, et il me fit part de son intention d’organiser à Paris une antenne de son Centre afin de vulgariser sur le continent la doctrine stratégique des Etats-Unis. Et comme je lui objectais que R. Aron s’y employait déjà dans le « Figaro », il me répondit qu’il le savait mieux que moi car c’était lui qui lui apportait régulièrement les subsides de la CIA.
Informé, Stacho regretta la dislocation de l’ « équipe ». Ayant subi tant d’épreuves au cours de son existence de réprouvé, il s’en tira par sa boutade habituelle… « tantôt c’est noir, tantôt c’est blanc, et il y a plus de noir que de blanc ».

Maréchal Joukov

Quelques années plus tard André Labarthe eut à répondre des trop étroites relations qu’il aurait eues, cette fois, avec l’Est. En ce qui le concerne il ne s’agissait pas d’un retournement.

A Londres il ne dissimulait pas son admiration pour les Soviétiques au combat contre l’Allemand exécré.

Constantin Rokossovski. Général d’armée et maréchal de l’Union soviétique

Et Stacho, qui avait fui les persécutions allemandes l’y incitait. Les textes que l’on va lire soulignent les mérites de la préparation à la guerre de Moscou.

Nous étions alliés et les Russes accomplissaient, à terre, l’entreprise de destruction de l’armée allemande qu’à l’ouest nous aurions été bien incapables de mener à terme.

Maréchal Ivan Stepanovitch Koniev

Sur la carte je suivais, chaque jour, les opérations en terre russe, bien conscient que mes propres chances de survie dépendaient de la rapidité de l’avance des troupes de Joukov, de Koniev et de Rokossovski.

Bien qu’anti-bolchevique, la baronne Budberg rêvait de sa « Sainte Russie ». Lors d’un déjeuner à Londres, en février 1944, alors que j’avais cru bon de réclamer un très proche débarquement anglo-américain aussi à l’est que possible, voire sur les rivages de l’Adriatique afin d’y devancer les troupes soviétiques, furieuse, la baronne m’avait lancé au visage sa coupe de champagne, verre compris. Sans le vouloir, à ses yeux, j’insultais sa patrie. Venant de tous les horizons, parlant allemand, russe, anglais, français, le plupart ayant des vies tumultueuses… politiques, universitaires, militaires, juristes, « agents doubles », les membres de la rédaction de « la France Libre » et chaque ligne publiée dans leur revue en témoigne, étaient rassemblés par une passion : la France. La France légère, défaite, occupée, humiliée, pillée, martyrisée mais indispensable à chacune de leur existence. Le malheur extrême conduit-il à l’universalité ou la France a-t-elle le singulier destin d’être la patrie de l’humanité ?

Pierre M. Gallois
Mai 2005

(1)  Cette lettre était aussi une leçon de sagesse : … « Ce n’est pas le moment d’ouvrir des procès… remettons à plus tard l’histoire des combats d’hier. Nous en jugerons sereinement le jour où, la victoire acquise, ils paraîtront ce qu’ils sont ». Autrement dit nous en débattrons, en France, entre Français… « au bout d’une tragédie qui finira bien » ajoutait le général De Gaulle.

Diaporama des principales personnalités qui ont participé aux premiers numéros de « La France Libre »

Eve Curie
Herbert George Wells qui fut très épris de Moura Buderg…

H.G. Wells a beaucoup aimé les femmes. Il les voulait libres, intelligentes, volontaires. A armes égales (ou presque, ce qui était déjà fort estimable pour l'époque). Son journal intime publié longtemps après sa mort (H.G.Wells in love, 1984) raconte ses passions, ses jalousies, ses lassitudes… mais pas toutes. Soigneusement expurgé par son fils George, exécuteur testamentaire, ce Wells amoureux restait bien sage. En 1994, la famille vend le manuscrit complet du Journal et une correspondance copieuse (plus de 500 lettres) à la Bibliothèque de l'Université de l'Illinois, sans qu' un chercheur, ni même un journaliste, ait la curiosité d'aller y voir de plus près. Andrea Lynn, qui travaillait alors à la Bibliothèque, comprend mal cette indifférence quand elle se rend compte de la chance qu'elle a. Ce qu'elle découvre, dit-elle, lui coupe le souffle. « J'ai essayé de garder le secret pendant six ans. Une vraie bombe ! De quoi révolutionner les études wellsiennes ! » Voici donc « Shadow Lovers » : « The Last Affairs of H.G.Wells », et ses révélations. Sur Moura Budberg, son grand amour des années 30, une baronne russe ex-amie de Gorki, intermédiaire probable de sa rencontre avec Staline, qu'il soupçonnait être une espionne. La preuve reste à faire, les archives de Moura ayant opportunément brûlé dans l'incendie de sa maison. Ou son aventure passionnée, à près de 70 ans, avec la jeune Martha Gelhorn, la future femme de Hemingway. Interviewée peu avant sa mort en 1998, Martha a farouchement nié. Qui dit vrai ? Ses lettres à Wells, déposées à la Boston University, ne pourront être lues avant 2023.


Philippe Barrès, fils de Maurice Barrès.
Fondateur de « Paris presse »


René Cassin

Georges Bernanos

Jules Romains

René Etiemble

Albert Cohen

Joseph Kessel


Romain Gary

Jules Roy


Bernard Shaw


J.P. Sartre


 Paul Eluard

 

Note sur Moura Zakrevskaya, comtesse Benckendorff puis baronne Budberg

Over the course of her long life, Moura Zakrevskaya (1892-1974) was to take on many identities. Born the daughter of a former Russian senator and state council member for St. Petersburg, she married twice, becoming initially the Countess Benckendorff and then the Baroness Budberg. During the upheavals before, during and after the Russian Revolution, she fell in love with the celebrated British agent Robert Bruce Lockhart, the man who nearly toppled the Bolshevik government (with the aid of the notorious Sidney Reilly, "ace of spies"). Later, she joined Gorky's household as his secretary and mistress. Finally, in the 1930s, she lived with H.G. Wells and cared for him through his final illness. For the last 20 years of her own life, she was an enigmatic presence on the London cultural scene -- mysterious, hard-drinking, increasingly obese, known as a translator, suspected of being a spy. But for whom?

One thing is certain: Moura was an "iron woman," and did whatever was necessary to survive and protect those she loved. After Dora Kaplan's attempted assassination of Lenin in 1918, Lockhart was jailed and faced probable execution, but Moura somehow convinced Yakov Peters, the Cheka deputy in charge of the Lubyanka prison, to allow the English agent to go home to England. How? She had no money, no connections, no power.

Maxim Gorky with Moura Zakrevskaya (1920)

Maxim Gorky once told a story about a very similar Cheka official who longed to make love to a countess and during the Red Terror finally found his chance. Moura was sensuously beautiful -- and the widow of a count beaten to death during the Revolution. What mattered was to save Lockhart. No surprise, then, that the urbane Peters was seen holding Moura by the hand as she was released from her own cell in the Lubyanka. Years later -- after Peters had been "purged" by Stalin -- Nina Berberova was present (in Sorrento, with Vesuvius in the background) when Moura was asked about the men around her former lover. Reilly, she murmured, was "brave," but the jailer Peters was -- and she paused for a long moment -- "kind."

Once Lockhart was safely back in England, Moura sold her diamond engagement earrings, the last of her possessions, and bought a ticket to Petrograd, where she resided briefly with a lieutenant general. There, she eventually wangled an invitation to Gorky's house, where she might have met Pavlov, Dr. Voronov (who developed the monkey-gland treatment that was to reinvigorate the elderly Yeats), Evgeny Zamyatin (author of We , which inspired Orwell's 1984 ), the singer Chaliapin, and many other leading intellectuals and cultural figures of the time, among them the visiting H.G. Wells. The English novelist shared with Gorky a belief in human progress and social betterment through mass education. Alas, in their later works, both writers fell into polemics and didacticism. As Berberova, herself a distinguished novelist, bluntly says of Gorky:

"He wrote thirty volumes but he never understood that literature offers only an indirect answer to life, that art involves play and mystery, that there is a riddle in art that has nothing to do with flaying an opponent, humorless glorification, righteous living, or radical convictions. That riddle is as impossible to explain to someone who has not experienced it as it would be to explain a rainbow to someone blind from birth or an orgasm to a virgin."

Early in the 1920s, Moura decided to visit her two children (by her dead husband), whom she had not seen in several years, and so traveled -- without any papers -- to Talinn, the capital of Estonia. As she was about to hail a cab, she was arrested, interrogated and thrown into jail as a Soviet spy. Eventually, she cut a deal with her lawyer. An aristocratic Estonian wastrel was in need of cash and in exchange for it was willing to marry Moura, thus giving her an Estonian passport -- and the chance to travel freely around Europe as the new "Baroness Budberg." Moura could get money from the infatuated and generous Gorky, who was going to live in Sicily for a few years because of his poor health. An iron woman does what she has to.

La suite sur :

 

Moura… à Berlin en 1913…

"A very dangerous woman": Moura with a gentleman friend in Berlin in 1913

MI5 was warned by the British Embassy in Moscow in the early Twenties that she was 'a very dangerous woman'.
She was mistress to science fiction writer H.G. Wells and the Russian literary giant Maxim Gorky, as well as Robert Bruce Lockhart, probably the most famous diplomat and spy Britain ever sent to Moscow.
According to one account she offered sexual favours to a Lubyanka prison commandant after the 1917 revolution to secure her own release.
She then took food parcels and books to her lover Lockhart, jailed in a Kremlin dungeon under suspicion of masterminding an attempt to assassinate revolutionary leader Lenin in 1918 and topple the Bolsheviks, before brokering his release.
Later she came to know both Lenin and Stalin, once giving an accordion to the great dictator.
Budberg was born Maria Ignatievna Zakrevskaya in St Petersburg in 1891. She was one of four children of eccentric tsarist senator and landowner Ignatiy Platonovich Zakrevsky.
He was a distinguished lawyer and diplomat who served for a time in London.
Budberg's sister, Alexandra, was the mother of Clegg's grandmother, Baroness Kira von Engelhardt, who was born in Russia in 1909.
After the revolution, Budberg and her niece Kira both eventually found their way to Britain.
Many years later, having restyled herself as a Left-wing socialite based in Knightsbridge, Budberg gave British intelligence a sensational nugget of intelligence which, somehow, they contrived to ignore.
In 1951, with Soviet agents Guy Burgess and Donald Maclean both having fled to Moscow, she fell under suspicion.
Burgess had regularly visited her apartment and while the secret services had previously discounted rumours that she was a Soviet agent, now she was targeted by British counter-intelligence.
MI5 files show that agent Jona 'Klop' Ustinov, father of the actor Peter Ustinov, was sent to interrogate her – and she was open in what she revealed.
He reported: 'The most startling thing Moura told me was that Anthony Blunt, to whom Guy Burgess was most devoted, is a member of the Communist Party.' The treachery of Blunt – the well respected keeper of the Queen's pictures – was staring intelligence chiefs in the face, yet it was a further 12 years before he confessed to spying for the USSR. Kira left Russia in 1917, spending her school years in Estonia, and after a short time in Berlin, travelled to England in 1929, eventually settling and marrying an Englishman.

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