vendredi 24 novembre 2017

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Que vous l’appeliez « sauté » ou « navarin » Qu’importe. Il était délicieux !

Encore une « Soupe du Roi » qui restera gravée dans nos mémoires.
Vite, quitter son travail et rejoindre notre petite équipe. Paul et Hugues s’affairent.

Le vent peut souffler, la pluie, nous jouer des tours : la bonne humeur a raison des vicissitudes. Paul, artiste aux fourneaux, avait cuisiné un sauté d’agneau des grands jours.
Nous étions tous là. Les absentes et les absents sont présents dans le cœur de chacun.

Malgré quelques tracasseries que Paul avait dû subir avant son départ pour rejoindre l’Esplanade de la gare de Montparnasse, tout s’est bien passé… Nous avons retrouvé bon nombre de nos fidèles amis.

Je laisse à l’Ami Paul le soin de vous conter la suite.

Julien le cycliste transporteur s'affirme décidément comme un animateur-né. Il cite Oscar Wilde et nous apprend qu'il parle anglais. (La démonstration pratique aura lieu, je suppose, ultérieurement). En attendant, il nous donne une définition de la chasse au renard, tirée des oeuvres complètes du célébrissime écrivain. Qu'est-ce donc que la chasse au renard ? C’est, nous rapporte Julien, "la poursuite d'un immangeable par des infréquentables."

Autre vedette de la soirée, Louise (88 ans, maigreur ambulante). Elle arrive tard alors que le fond de la marmite est atteint et je chauffe pour elle une boite de lentilles, rescapée d'une soupe précédente. "Ça tombe bien" dit-elle, "j'adore les lentilles et si certains n'en veulent pas je mangerai leur part". Je la crois volontiers car j'appends que le maigre repas de ce soir est le premier qu'elle fait depuis 24 heures. Je lui donne un bon quignon de l'excellent pain campagnard que nous avons servi (trouvé à Carrefour). Ce sera probablement pour elle, à la fois le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner de demain. Mais Louise garde le moral et le sens des convenances. Elle nous demande de nous détourner, Marc et moi, pendant qu'elle ôte son dentier

Nous obtempérons et aussitôt l'opération terminée, les lentilles disparaissent de l'assiette à une vitesse stupéfiante. J'en déduis que le principal obstacle à la déglutition des lentilles est parfois constitué par les dentiers, surtout chez les vieilles personnes. Et c'est là que le drame se noue. "J'ai perdu mon dentier" s'écrie Louise et tout le monde de chercher, courbé en deux scrutant le sol par terre, sous la table et dans la pelouse de l'esplanade. Une petite équipe d'experts fait consciencieusement, mais en vain, la poubelle. Je fais un 180° avec la Twingo pour éclairer le champ de bataille. Pas de dentier. Les combattants relèvent l'échine au clairon de la voix de Louise qui annonce, triomphante "ça y est, je l'ai retrouvé, il était dans le fond de mon sac".

Sur ce, elle fait la bise à tout le monde et s'en va, guillerette. Une famille se pointe, le père et trois jeunes enfants très joueurs. Ils sont sales et un peu dépenaillés, mais ils n'ont pas faim. Les enfants acceptent toutefois une orange, sans se jeter dessus. En voilà au moins qui ne sont pas affamés. L'un de nos amis me dit que le père vit en faisant la manche avec ses marmots. Possible !

Ce qui m'étonne le plus dans cette expérience de la rue, est de découvrir que subsiste au fond de ces détresses, encore un peu de bonheur de vivre. L'amertume est cachée, alors qu'elle doit bien exister. Pudeur ou anesthésie ? »

A bientôt à tous.

Portemont, le 11 avril 2005.

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