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L’entreprise euraméricaine de démolition de la France et de la Francophonie

Une immense question est occultée par nos « élites » et nos médias : celle de la pérennité de la France, de sa langue, de la Communauté francophone.

La France est ouverture au monde, voix pour l’humanité. Il n’est donc pas question de la faire se replier sur elle-même, dans une attitude défensive derrière une ligne Maginot toujours illusoire. Mais, pour qu’elle reste elle-même, le peuple français doit voir clairement qu’est à l’oeuvre une redoutable entreprise de démolition de ce que la France représente, dans le monde, en Europe, et jusque chez elle. Pour la combattre et la vaincre.

Affaire de géopolitique nationale, certes, mais aussi européenne et mondiale, tant dans ses causes que dans ses effets.

Nationale, parce que des Français sont des acteurs de première ligne, comme toujours, dans cette entreprise néfaste.
Européenne, parce que l’Europe, non pas une Europe - que nous aimons et souhaitons - de Nations souveraines, mais une Europe fédérale ultra libérale dans son idéologie et dictatoriale, voire totalitaire, dans son fonctionnement, y participe, à la fois en elle-même et en sa qualité de relais de l’Empire anglo-saxon.
Plus largement mondiale, parce que la France est un obstacle principal à l’exercice plein de l’hégémonie de cet Empire, qui cherche, dans sa logique implacable, à écarter cet obstacle.


Parlons d’abord des États-Unis, parce qu’ils sont partout à l’oeuvre, notamment en Europe. Citons Philippe de Villiers : « Les États-Unis d’Europe, c’est les États-Unis en Europe ».

Pourquoi les États-Unis d'Amérique voient-ils en la France - et en la Francophonie - le premier obstacle à écarter sur leur route vers la domination mondiale, du moins dans leur volonté affichée d’y parvenir, dans leur « destinée manifeste »?

Parce que la France représente et sécrète, plus que presque tous les autres pays en dehors de la Chine, des contrepoids et contre-modèles dans de nombreux domaines :

- Elle représente d’abord la seule autre conception rivale de l’universalisme (partagée par la plupart des pays de la Communauté francophone). D’un côté, l’universalisme américain supérieur, de « peuple élu » manifestement béni par sa réussite matérielle et sa richesse évidentes, qui, sans vouloir connaître les autres et leurs différences, leur dit de l’imiter, s’ils veulent sortir de leur infériorité et de leur pauvreté. De l’autre, un universalisme plus catholique, plus ouvert aux autres, à leurs différences, au dialogue avec eux, pour faire, avec leurs apports, une synthèse d’une humanité tout entière élevée. Que ce soit vers un « point oméga » à la Teilhard de Chardin, ou dans les avatars de fraternité et de laïcité du message révolutionnaire, sécularisation du premier. Non pas une pyramide, mais une tour.
C’est, sans doute, le plus redoutable défi lancé à l’Amérique, le plus explosif.

- La France, avec la Francophonie, est, en dehors de l’Islam et de la Chine, le pôle de rejet de l’Empire le plus naturel pour nous, mais le plus inattendu pour les Américains, parce qu’ils le croyaient le plus proche d’eux, et sont évidemment déçus. C’est pourtant une vieille tradition : François 1er, puis Richelieu, contre les Habsbourg ; la République contre le Reich ; de Gaulle ; et même Chirac dans la récente affaire d’Irak. Les États-Unis en veulent d’abord aux alliés et amis de ne pas être les premiers à s’aligner derrière leur vérité, leurs objectifs, et leurs intérêts.

- La France, avec la Francophonie, entraîne d’autres pays à refuser la conception huntingtonienne du « choc des civilisations » et prône activement le dialogue des cultures, notamment entre les Orients et les Occidents. Selon elle, l’Occident n’est pas unique, et n’a pas, contrairement à ce qu’écrit Samuel Huntington, un seul État-phare, les États-Unis.
Ver dans le fruit. Mauvais élève francophone qui pourrit toute la classe.

- La France du « Royaume contre l’Empire », de la « citoyenneté », de la « Cité » à l’opposé du « global village », est le parangon, l’archétype de l’État nation, républicain, laïque de surcroît, qui, au moins en théorie, rejette à la fois les groupes de pression qui aux États-Unis font l’État, les régionalismes et les communautarismes-apartheid prisés des Anglo-Saxons, et l’imprégnation par la religion de la vie publique et de la conduite de l’État (« In God we trust », « prayer breakfasts » lors de manifestations officielles, « destinée manifeste », prêches de Bush sur la lutte du Bien contre le Mal). Parce que laïque, cette République ne peut entrer dans le camp d’une religion contre une autre.
Ce témoin de l’existence d’une autre voie, vérité, et vie, de la possibilité de faire échouer le totalitarisme, doit être exécuté.

- La France est une empêcheuse de tournoyer, guerroyer, et écraser en rond, par son droit de veto au Conseil de Sécurité, par sa voix originale dans le monde, son capital de sympathies dans les pays arabes et musulmans, manifesté encore dans l’affaire de nos otages en Irak, dans le « Tiers-Monde », en Amérique latine, jusqu’en Chine ; et encore par sa force nucléaire indépendante, que les États-Unis avaient tenté en vain d’étouffer.

- La France, après les Romains, a diffusé dans bien des pays son droit écrit, seul vrai rival mondial - au moins pour le moment - du droit d’inspiration britannique, notamment dans les affaires, jusque dans les règles de comptabilité.

- Des territoires français et des États partiellement francophones se trouvent sur les cinq continents. C’est le seul cas, en dehors des possessions anciennes et présentes de la Grande Bretagne et des États-Unis. Aussi, souvent par Australie et Nouvelle-Zélande, voire Fidji et Tonga interposées, cherche-t-on à mettre fin à notre présence en Nouvelle Calédonie, en Polynésie, dans d’autres îles du Pacifique (au Vanouatou la lutte est féroce). Aussi veut-on la remplacer en Haïti. Aussi appuie-t-on vigoureusement les efforts opiniâtres d’Outaoua pour assimiler les francophones du Canada et noyer l’État du Québec dans la Fédération imposée. On cherche à couper le Québec de la France. Rappelons encore que l’on cherche par tous les moyens à éviter une réunion de la Wallonie à la France, une réunification française comme il y a eu une réunification allemande, que les Wallons pourraient choisir un jour.

- La langue française, bien que très affaiblie, reste aujourd’hui la seule autre langue à extension, vocation et prétention, vraiment mondiales. Au-delà de son expansion géographique, elle prétend, face à l’anglais ou l’allemand « langues naturelles », « langues de Nature », être la langue, construite, de Raison (Sieburg) et de « Culture ».
Funeste prétention ! Obstacle à la « conquête des esprits » par l’Amérique.

- Lorsqu’on entre dans le domaine économique, plus directement sensible à l’Américain moyen, celui-ci retrouve toujours sur son chemin la France et d’autres pays francophones : la Belgique, le Québec, la Suisse en partie. Par la conception commune des « services publics », obstacles aux multinationales à capitaux majoritairement anglo-saxons. Par la protection des industries culturelles, notamment dans l’audiovisuel. Cette protection est une gêne en elle-même pour les majors américaines. Elles ont déjà réussi à réduire bien des cinématographies nationales florissantes, telles l’allemande, l’italienne, la japonaise, qui réussissent encore à produire quelques oeuvres çà et là grâce à des coproductions avec la France, le Canada, le Québec, ou d’autres. Les majors s’irritent de ne pouvoir encore dominer les 20% du marché européen et peut-être mondial qui continuent à leur échapper, tant pour leurs intérêts matériels que pour la réussite complète de l’entreprise impériale de « conquête des esprits » selon Yves Eudes et Charles Durand. Et le modèle francophone est d’autant plus dangereux qu’il donne des idées à d’autres, tend à s’étendre, et anime le débat, à l’UNESCO, à l’OMC et en dehors, sur l’exception ou la diversité culturelle.

- La recherche scientifique française, pourtant bien diminuée, et exprimée largement en anglais, suivie, contrôlée, voire pillée (cf. le cas du virus du sida : Gallo-Montagnier), par Garfield et les comités de lecture des revues anglo-saxonnes, ose encore toucher à des secteurs de pointe et à des domaines qui gênent : l’atome, l’espace, les océans, la biologie, la génétique, les industries pharmaceutiques, aéronautiques, les techniques de communication. Et elle a entraîné d’autres pays développés, surtout européens, dans ses grands programmes. Voir le projet Galiléo : les Américains font tout pour l’empêcher de briser le monopole du réseau anglo-saxon « Échelon » d’écoute et d’observation mondiales. De même ils favorisent l’implantation au Japon, pays qu’ils jugent encore très proche d’eux, du projet expérimental international « ITER » de production d’énergie par fusion, dont l’implantation en France, à Cadarache, est jugée bien préférable et activement soutenue par les Européens et la Chine.

- Dans les industries de pointe qui découlent de cette recherche, la rivalité est patente. Par exemple, entre les compagnies de production et de traitement de l’eau, enjeu majeur des prochaines décennies. Ou entre Boeing et la société française puis européenne Airbus devenue très performante et gagnante. Tous les coups sont permis. On a réussi à tuer Concorde. Les autorisations d’atterrir aux États-Unis n’ont été données, pour les quelques avions produits, qu’après l’arrêt des chaînes de fabrication. Symbole (seulement !) : c’est une pièce d’un avion américain sur une piste d’envol à Roissy qui a causé l’accident du Concorde qui a mis le point final à la belle aventure franco-britannique.

En somme, pour les États-Unis, il s’agit de faire taire ou détruire tout cela, d’éliminer cette rivalité-là, afin d’avoir les mains libres et de se tourner vers des adversaires plus redoutables, telle la Chine, qu’ils commencent à encercler.
Des puissances européennes les aident. Elles restent nos rivales. Certaines veulent régler avec nous de vieux comptes. Ou elles acceptent leur propre vassalisation, en espèrent des dividendes, et, ce faisant, ne supportent pas que nous fassions mine de refuser leur sort et de nous hausser du col au-dessus du lot. Ainsi aidés, les États-Unis cherchent donc à éliminer tout ce que la France et la Francophonie représentent encore.
Ils le font directement et indirectement, par Europe fédérale interposée.

Leur action directe commence à porter ses fruits, voyons un peu :

- Dans les attaques contre notre « grand large » : actions précitées à l’égard du Québec, de nos territoires du Pacifique, de Haïti ; sape et élimination de l’influence française dans l’ancienne Indochine, comme auparavant de l’ancienne influence espagnole aux Philippines ; interventions de plus en plus massives en Afrique francophone, y compris au Maghreb, où des mouvements islamistes ont été, comme en Afghanistan contre les Russes, encouragés contre l’influence française ; présence de plus en plus forte, y compris par des conseillers et formations militaires, dans des pays francophones d’Afrique noire, notamment producteurs de pétrole : au Tchad, en Côte d’Ivoire. Voyez le soutien contre la France à Gbagbo en 2003, et aux manifestations de rue manipulées à Abidjan qui ont bénéficié de nombreux drapeaux américains qui ne devaient pas être en réserve dans les ministères ni dans les foyers ivoiriens quelques semaines plus tôt. Les conseils assortis de pressions de moins en moins discrètes d’abandonner notre langue - et d’imiter ainsi, il est vrai, nos propres élites françaises ! - pour passer à l’anglais sont prodigués aux responsables du Maghreb et d’Afrique noire francophone. Les programmes de bourses de formation aux États-Unis des élites africaines francophones se sont multipliés, certes avec des difficultés de visas après le 11 septembre.

- Ce qui précède va de pair avec l’appui que des institutions publiques et privées, des politiciens et des journaux anglo-saxons, imprégnés de leur conception communautariste d’apartheid, apportent à tous ceux qui, en France, soutiennent les revendications des islamistes qui lancent, dans la question du voile et dans d’autres, un défi à la République et veulent imposer chez nous leur mode de vie et leurs propres lois. Vous avez tous, comme moi, écouté et vu dans nos médias, les réactions des Anglais et des Américains au moment du vote de la loi sur les signes religieux ostentatoires : elles tenaient peu compte de ce qu’il s’agissait notamment de l’école publique, et non d’interdire aux femmes de sortir voilées dans la rue. Vous venez de voir enfin, dans l’affaire de nos otages, les médias anglo-saxons nous dire avec une joie mauvaise que notre abstention dans la guerre impériale en Irak ne nous met pas à l’abri des assauts du « Mal ». Le Mal, en l’occurrence, était-il uniquement du côté des rebelles? Les déclarations du PM intérimaire avaient de quoi inquiéter, puis les attaques lancées contre les lieux où pouvaient se trouver les ravisseurs.

- Quant à l’exigence vitale de l’exception culturelle, d’origine québécoise, devenue très vite franco-québécoise, puis reprise par la Communauté francophone aux Sommets de 1993 à Maurice et d’octobre 2002 à Beyrouth, elle a toujours été, et reste, vigoureusement combattue par les majors, les groupes de pression américains, et leur Gouvernement. Elle a déjà été édulcorée en « diversité culturelle », malgré les efforts des francophones. Ceux-ci ont été soutenus par bien des artistes, cinéastes, associations, d’Europe et d’ailleurs, mais très peu par les gouvernements européens. On sait qu’il s’agit de soustraire à la compétence de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), ex-GATT proche des Américains, les échanges de biens et de services culturels, qui ne sauraient être traités tout à fait en marchandises comme les autres. L’UNESCO a été chargée d’élaborer un instrument spécifique, convention ou traité international sui generis. Or les États-Unis, qui avaient longtemps boudé l’UNESCO, ont fait savoir, dès leur récente rentrée, qu’ils s’opposeraient par tous les moyens à la naissance de ce nouvel instrument. Ils font en outre pression sur les États francophones qui ont signé la déclaration des Chefs d’État en 2002 à Beyrouth, pour conclure avec plusieurs d’entre eux des accords bilatéraux de libre échange qui incluent les biens et services culturels. Ils en ont déjà obtenu avec le Cambodge et le Maroc. Quand on sait que les échanges de biens et services culturels sont souhaitables et nécessaires à la cohésion interne d’ensembles géoculturels tels l’Hispanophonie, la Lusophonie, la Francophonie, fondés en bonne partie sur une langue internationale en partage et d’indéniables affinités culturelles, on comprend l’importance de l’enjeu.

Il importe de souligner que la stratégie des États-Unis pour parvenir à leurs fins inclut depuis longtemps une voie indirecte : la construction d’une Europe fédérale. Attention ! Soyons clairs : il ne s’agit certes pas, pour eux, de façonner un ensemble rival qui leur ferait contrepoids, une « Europe-puissance » telle que des Français, principalement, la rêvaient ou la présentent encore, alors qu’ils sont presque seuls à le faire parmi les Européens. Mais une Europe vaste ensemble flou, étendue jusqu’à se couler dans les tentacules de l’OTAN par l’inclusion plus ou moins dictée de la Turquie et d’autres pays aujourd’hui proches des États-Unis. En même temps, toutefois : une Europe assez ligotée « fagotée » par des institutions garantes de son impuissance politique et de son ouverture économique à tous les vents dominants du grand marché mondial et du libéralisme, seuls idéologie et projet communs qui lui soient permis. Une Europe fagotée aussi et phagocytée par l’imprégnation de la culture américaine, et le puissant médium de la langue anglo-américaine.

Comment l’Europe fédérale est-elle associée et utilisée à cette entreprise de démolition ?

Dans les domaines politique et surtout économique, l’opinion publique française commence à percevoir un peu mieux, depuis quelque temps, que « Bruxelles exagère ».

Les cas de nos fleurons industriels, tels Schneider-Legrand, Péchiney, Alstom, révèlent des comportements curieux des commissaires européens « compétents ». Ils vont rarement dans le sens des intérêts français. Les pêcheurs, les agriculteurs (voyez la PAC), les producteurs de fromages, de vins, de fruits et légumes, l’ont appris à leurs dépens. Un monde de consommateurs homogénéisés, et de produits standardisés de type « goudar » - fromage sans lait cru défendu, réunissant les qualités du gouda hollandais et du cheddar anglais – s’étend grâce à l’Europe, du Connemara jusqu’à Riga, peut-être un jour jusqu'au Kamtchatka.

L’opinion perçoit mieux aussi, mais encore trop confusément, que nos abandons successifs de souveraineté et le grignotage organisé et opiniâtre par les institutions européennes, nous obligent à aller demander l’autorisation de fonctionnaires irresponsables de Bruxelles pour nos actions (je ne dis plus « nos politiques ») industrielles, budgétaires, fiscales, sociales.

L’opinion ne voit pas encore que l’idéologie bruxelloise de libre circulation et de libre concurrence encourage l’implantation chez nous d’entreprises européennes, ce qui est une bonne chose en principe, mais ne l’est plus lorsqu’il s’agit d’entreprises, surtout britanniques, qui n’y créent pas d’emplois pour des Français. En effet, un tour de passe-passe fait qu’elles peuvent importer, pour des périodes limitées, mais par rotation, des agents de leurs pays sur la base de leurs législations sociales beaucoup moins contraignantes. Des isolats se créent ainsi dans des stations touristiques, notamment de sports d’hiver, et non des moindres, et s’étendent en tuant la concurrence française locale, en attirant la clientèle anglophone, naturellement largement en anglais, et dans la quasi-exclusion du français ! Cela mériterait d’être mieux connu. M. Barnier n’y voit pas malice dans sa Savoie.

Cela rejoint le nouvel assaut mené actuellement pour imposer l’AGCS, accord général sur le commerce des services, tout à fait contraires à nos intérêts, et qu’il faut rejeter.

Mais je voudrais insister sur les actions européennes tendant plus spécifiquement à démolir la langue française et la Communauté francophone.

Dans les institutions de l’Union, malgré les textes existants, et malgré les proclamations de respect de la diversité linguistique et culturelle - essence même de l’Europe – c’est à une élimination des langues autres que l’anglais à laquelle on assiste. D’abord discrète, puis de plus en plus ouverte.
On le perçoit du reste de plus en plus clairement. Il faut savoir que sur ce plan, les efforts vers le « tout-à-l’anglais » des « Français » Pascal Lamy et autres Jean-Claude Trichet (lauréats de notre prix « de la carpette anglaise » à titre étranger), ne le cèdent en rien à ceux des Romano Prodi, Leon Brittan, et Neil Kinnock. Au 1er novembre 2004, ce dernier est nommé à la tête du British Council : personne n’a dénoncé cet évident « conflit d’intérêt ».
Il faut savoir aussi que cette politique se traduit en outre, depuis au moins deux ans, par une discrimination linguistique, ethnique, quasi-raciale, de plus en plus violente, en faveur de l’anglo-américain, puisque non pas les institutions de l’UE directement, mais des entreprises et institutions travaillant pour elles, réservent des emplois de plus en plus nombreux à des candidats « de langue maternelle anglaise » (« native speakers ») ! Nous sommes en présence d’une véritable colonisation par les Anglo-Saxons.

Pis : Bruxelles étend le tout-à-l’anglais aux États membres eux-mêmes :
Au nom de son unique idéologie, la libre circulation des biens et services et le grand marché, elle s’acharne à faire écarter ou vider de leur contenu les législations de protection linguistique des États membres. Là encore, la France est la première visée, avec son article constitutionnel « la langue de la République est le français » et ses lois successives Bas-Lauriol en 1975 et Toubon en 1994.
Ainsi, un gouvernement français faible a-t-il dû, en 2001, prendre la fameuse « circulaire Tasca » du 20 septembre pour permettre que des produits de l’UE pussent circuler en France avec des modes d’emplois en anglais, dont les traductions en français, pour les pithécanthropes que nous sommes, pouvaient être avantageusement remplacées par des pictogrammes ! Notre association « Avenir de la langue française » a heureusement obtenu en juillet 2003 l’annulation de cette circulaire par le Conseil d’État. De même, dans l’été 2002, Bruxelles récidivait, cette fois pour l’étiquetage de produits alimentaires, au mépris, non seulement de la loi Toubon, mais encore du « principe de précaution » ! Le Ministre Dutreil y mit bon ordre par un décret du 2 août 2002. Mais sachez que Bruxelles, en ce moment même, renouvelle ses pressions avec une extraordinaire insistance. La France va-t-elle se soumettre ?

On cache aux Français que nos administrations nationales, comme celles de nos voisins européens, sont obligées de travailler presque constamment en anglais sur les affaires européennes, parce que Bruxelles, au mépris total de la réglementation linguistique de l’Union, et sans plus invoquer de prétextes pour se justifier, leur envoie les documents de travail uniquement en anglais. Or, les affaires européennes touchent maintenant environ 80% de l’activité de nos administrations centrales.

Depuis trois ans, nos associations (ALF surtout) demandent à cor et à cri au Premier Ministre, M. Jospin, puis M. Raffarin, qu’il donne l’instruction ferme à ses administrations de renvoyer systématiquement à Bruxelles tous documents de travail qui leur parviennent uniquement en anglais. En vain. Les éternels eurobéats s’en indignent, évoquent avec colère le précédent intolérable de la politique de la « chaise vide » en criant qu’on n’est plus aux temps du Général et que la France est liée à l’Union.
Ils ne sauraient mieux décrire notre vassalisation.
Pourtant, si le PM agissait en ce sens, il ferait passer en France, dans la Francophonie, et chez ceux de nos partenaires européens qui souffrent d’être soumis, un frisson d’espoir, un grand souffle de liberté. Le fera-t-il ?

Imaginons un instant que la Constitution européenne soit ratifiée. Ses articles 6 et 10 (5 nouveau) font de l’Union une personnalité juridique et un super-État dont le droit prime celui des États membres (y compris leurs constitutions nationales). Notre article 2 et notre loi Toubon ne tiendraient pas longtemps face à une décision de l’Union, prise à la majorité, du genre :
« La seule langue commune des institutions de l’Union est l’anglais. Les États membres traitent avec elles dans cette langue »
La décision pourrait même être prise à l’unanimité : la France fournirait bien de nouveau une Isabeau de Bavière et un évêque Lamy-Cauchon pour brûler nos plus importants symboles.

Quant à la Francophonie, Communauté francophone internationale de 56 membres, elle fait, elle aussi, l’objet de virulentes attaques de la part des européistes fédéralistes, français comme étrangers. Il ne saurait être question pour eux de tolérer que des États membres de l’Union, en dehors sans doute de la Grande-Bretagne avec son Commonwealth, entretiennent des liens privilégiés, avec des préférences communautaires, avec le « grand large » et de quelconques ensembles géolinguistiques et géoculturels.

- Nous avons déjà traité de l’exception ou « diversité » culturelle. On sait que le gouvernement français, pourtant bien timide, a dû sermonner le commissaire européen Pascal Lamy, d’origine française, lors des récentes négociations à l’OMC : il allait dans le sens américain.

- Dans les relations de l’Union européenne avec les pays africains en développement de la Francophonie, le FED (Fonds européen de développement) dont les crédits sont fournis au quart par la France, ne peut encore, décemment, imposer à ceux d’entre eux qui sont francophones de traiter avec lui en anglais. Mais il exerce sur eux des pressions constantes et croissantes en ce sens.

- Des Instituts créés, dans les pays de l’ancienne Indochine membres de la Communauté francophone, par la coopération multilatérale francophone, et grâce à des financements principalement français, qui forment des cadres supérieurs à la fois dans leurs langues nationales et en français, reçoivent des correspondances uniquement en anglais des Délégations de l’UE établies sur place. Notre diplomatie n’y a pas vu malice.

- En ce qui concerne les PECO (pays d’Europe centrale et orientale), Bruxelles n’y est pas allée par quatre chemins. A l’initiative d’un commissaire allemand, dès les débuts de leurs candidatures à l’UE, il leur a été à tous, y compris à ceux qui avaient adhéré à la Francophonie, enjoint impérativement de traiter exclusivement en anglais avec Bruxelles. S’il y a eu des protestations de nos gouvernements, elles n’ont eu aucun effet.

- Enfin, vous connaissez l’action anti-États-Nations et résolument régionaliste, de Bruxelles et de son Comité des régions. Vous connaissez les pressions de Bruxelles sur la France, pressions relayées par tout ce que notre pays compte de régionalistes, de la Bretagne à la Flandre, à la Savoie, et à l’Alsace, pour que notre pays signe puis ratifie, jusque dans ses dispositions les plus désintégrantes, la charte des langues régionales et minoritaires. Ces pressions s’accompagnent des mesures en faveur des coopérations transfrontalières qui, curieusement, bénéficient beaucoup plus à nos voisins qu’à nous, notamment dans l’Est. Il faut savoir enfin - relisez à cet égard les ouvrages alarmants de nos amis Yvonne Bollmann et Pierre Hillard - que des associations et institutions privées - et même publiques – d’Allemagne et d’Autriche conçoivent et financent des opérations régionalistes : en Italie dans le Haut-Adige (Süd-Tirol), en Moselle et en Alsace. Alsace qui a, du reste, obtenu de traiter directement avec Bruxelles l’attribution de ses fonds européens structurels, sans plus passer par Paris.


En résumé, nous ne devons certes pas donner dans l’anti-américanisme primaire. Les Américains sont un grand peuple, à reconnaître comme tel, et avec lequel nous devons entretenir des liens de coopération et d’amitié.
C’est seulement de leurs intolérables arrogance et volonté d’hégémonie que nous devons faire prendre conscience pour les dénoncer sous toutes leurs formes, et les rejeter de toutes nos forces.

De même, nous sommes des Français européens. Nous souhaitons établir en Europe des relations de paix et d’intense coopération entre États-Nations souverains.
Mais c’est parce que l’Europe fédérale actuelle va contre notre être et notre avoir, contre notre identité, nos valeurs, et nos intérêts, et est un moyen non de puissance, mais au contraire d’asservissement en anglais à l’Empire anglo-saxon, que nous devons la rejeter, elle aussi, de toutes nos forces.

Il ne s'agit pas ici de nationalisme sulfureux, il s’agit de défense du territoire, de défense de la Patrie en danger, de notre âme !

Pour prendre une référence britannique, chez Swift, nous devons, tel son Gulliver, nous réveiller, nous lever, arracher d’un seul coup tous ces piquets auxquels on a, par la méthode Jean Monnet, petit à petit, pendant notre sommeil, attaché tant de nos cheveux !
Cela fera forcément un peu mal. Mais nous serons libres. Il n’y a d’avenir que dans la liberté !

Lors des cérémonies commémoratives de la Libération de Paris, réalisée voici 60 ans, le Président de la République a vanté le mois dernier le courage de ceux qui ont su alors dire « non » et se soulever. Il a rendu hommage à « l’esprit de Résistance ».
Mais il approuve aujourd’hui la dérive fédéraliste de l’Europe et le projet de « Constitution » qui met fin à la France.
Soyons de ceux dont, dans 60 ans, un Président d’une République encore française vantera le courage!
La campagne du referendum de 2005 nous en donne l’occasion. Saisissons la, à fond, pour gagner ! Et nous proposerons en même temps, comme il se doit, toute une politique pour une France souveraine.

Que notre « delenda est Carthago » soit dorénavant : d’abord le « non » à la « Constitution européenne » !
Affinons nos arguments, adaptons-les aux divers domaines et catégories de personnes touchés. Rendons-les simples, concrets, percutants, à la portée de tout le monde. Diffusons-les largement.
Et mettons-nous tout de suite au travail pour, dans le grand conflit mondial maintenant ouvert entre « souveraineté démocratique » et « gouvernance globale », proposer une autre politique :
- de souveraineté recouvrée, par dénonciation des traités menant à l’Union, à l’exception de celui de Rome en 1957 ;
- de coopération renforcée, à la carte, avec des États européens souverains ;
- de vrai dialogue des cultures à l’échelle mondiale ;
- et de construction sérieuse, exemplaire, salutaire, de la Communauté francophone.

Pour le renouveau de la France et de ce qu'elle représente dans le monde, vive la nouvelle Libération !

Albert Salon, Président du FFI-France, le 28 septembre,
en ce jour de la Saint-Wenceslas, a.d. 2004.

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