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De l’atome, de l’uranium, du nucléaire, de la Bombe… ? De l’Iran !

Le centre de recherches nucléaires de Natanz, en Iran.

Et de quelques autres considérations essentielles. Afin d’entendre quelques sons clairs et faisant suite à la cacophonie générale, il est bon de faire quelques rappels historiques…

Nombreux sont les pays qui rêvent du « nucléaire ». Qui pouvait mieux nous éclairer que le général Gallois ?

Encore une fois, nous le remercions chaleureusement.

Portemont, le 14 novembre 2006

L’Iran et l’atome

Vitupérer l’Etat d’Israël, exiger son élimination, bon argument de politique intérieure, n’en est pas moins à la fois déraisonnable et dangereux. En revanche, dans la mesure où elle sert l’intérêt de la nation iranienne – et c’est le cas – la démarche obstinée du président Mahmoud Ahmadinejad a sa logique.

Celui-ci peut avancer une question préliminaire : pourquoi le fait d’avoir procédé à des expérimentations nucléaires avant le 1er janvier 1967 accorde-t-il aux cinq puissances atomiques (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine) avec l’assentiment de la communauté internationale, les privilèges que confère le nucléaire, avec de surcroît, la faculté de se réserver ces privilèges et d’interdire aux autres Etats d’en bénéficier ? Cette antériorité est une preuve de savoir scientifique mais non d’une haute valeur morale en politique internationale.

Faisant abstraction d’un lourd contentieux – plus d’un demi siècle de discorde – des ambitions affichées par Téhéran et de celles qu’on lui prête, force est d’admettre que l’historique de l’irruption du nucléaire dans la vie internationale, les exigences énergétiques du développement, les avantages de la sécurité assurée dans l’indépendance, enfin les événements mondiaux tels qu’ils se sont déroulés depuis la dislocation de l’URSS, amplifient les attraits de la maîtrise complète du cycle nucléaire et justifient l’adhésion de la population au projet gouvernemental iranien.

A) Cadre historique

1. A l’issue de la Conférence des Bermudes (décembre 1953) Eisenhower et Churchill avaient décidé de renoncer au strict secret en vigueur dans toutes les affaires nucléaires, et cela depuis les origines du projet Manhattan.

Et, plus spécifiquement, depuis l’adoption de la loi proposée par le sénateur Mac Mahon et approuvée par le Congrès (août 1946).

Eisenhower et Churchill.

Aux Etats-Unis, alors unique puissance nucléaire, toutes les activités relatives à la désintégration de la matière devaient relever d’une Commission de cinq membres désignés par le Maison-Blanche et être gérées dans le plus grand secret, toute divulgation à l’étranger étant sanctionnée par la peine de mort. Aussi, même les alliés des Etats-Unis, tels la Grande-Bretagne et le Canada, a fortiori la France, ne pouvaient obtenir aucune assistance dans leurs travaux scientifiques et techniques relatifs au nucléaire.

Mais, revenant de la rencontre des Bermudes, le 8 décembre 1953, le président Eisenhower fit une nouvelle proposition : une Agence Internationale de l’Energie Atomique recevrait des Etats produisant des matériaux fissiles une contribution dont le stock serait réparti par l’Agence et son utilisation – à des fins pacifiques – contrôlée par elle. Le monde avait soif d’énergie, un vaste marché allait être créé et, surtout, l’URSS venait de faire exploser sa première charge thermonucléaire (août 1953) si bien qu’il fallait devancer Moscou et prendre l’initiative d’une gestion mondiale de l’énergie d’origine nucléaire. De l’égoïsme atomique, l’heure était venue de passer à une apparente générosité nucléo-énergétique planétaire.

C’est pourquoi, en novembre 1954 sur l’initiative de la Maison-Blanche, l’Assemblée générale des Nations Unies décida d’organiser une Conférence internationale pour traiter des applications pacifiques de l’énergie atomique. Et 73 pays, avec 1500 délégués, participèrent aux débats qui se déroulèrent à Genève, du 8 au 20 août 1955. Entre scientifiques les échanges furent nombreux et le secret atomique, jusque-là rigoureusement respecté, fut partiellement levé.

D’ailleurs, dans le cadre de sa nouvelle politique, appelée Atoms for Peace, le président Eisenhower avait fait modifier la loi Mac-Mahon afin que les Etats-Unis soient en mesure de conquérir le marché mondial des techniques atomiques productrices d’énergie à des fins pacifiques.

En particulier, il s’agissait de généraliser les centrales fonctionnant à l’uranium enrichi, selon le modèle américain, centrales qui présentaient l’avantage de produire moins de plutonium – militairement utilisable – que les centrales à uranium naturel étudiées par la France et la Grande-Bretagne. De surcroît, seuls les Etats-Unis disposaient déjà de stocks d’uranium enrichi. « De juillet 1955 à la fin de l’année 1958, les Etats-Unis ont conclu un ensemble d’accords bilatéraux civils avec une quarantaine de pays amis…. dans plus de la moitié des cas, les nations bénéficiaires ont choisi un réacteur de recherche américain… et ont profité d’une subvention de trois cent cinquante mille dollars offerte par le gouvernement à chaque pays acheteur » (1)

Champion de la non prolifération de l’armement atomique, mais réalistes, les Etats-Unis s’étaient rendu compte qu’il serait vain de vouloir conserver le monopole des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. Mieux valait, au contraire, en tirer parti, assurés d’être en mesure d’interdire le passage du « civil » au « militaire ». En ce qui concerne la première phase de leur programme nucléaire respectif, la Corée du Nord et l’Iran peuvent faire allusion à la politique d’incitation à l’atomique civil inaugurée il y a plus d’un demi siècle par Washington. Quant à la seconde phase, la militarisation de l’atome, la règle internationalement établie, elle est fort inégalement observée. Le traité de non prolifération en témoigne.

2. Traité visant la non prolifération des armements nucléaires (TNP).
Ouvert à la signature en 1968, le TNP est entré en vigueur en mars 1970. Ses objectifs : à la fois stopper la dissémination des armes atomiques et, en échange, inciter les puissances nucléairement armées à réduire, puis à renoncer à cette catégorie d’armes. Le traité renforce la coopération en ce qui concerne les utilisations pacifiques de l’atome mais compense les mesures de contrôle jugées nécessaires en prescrivant aux puissances nucléairement nanties de négocier progressivement leur désarmement atomique. A quoi, les contrevenants, Corée du Nord et Iran actuellement, pourraient objecter qu’aucune de ces puissances n’envisage de se conformer à cette disposition du traité, qu’au contraire elles s’efforcent de se donner les moyens de moderniser leur panoplie et d’assurer ainsi la pérennité de cet armement et des privilèges qu’il confère aux Etats qui le détiennent. Et pourquoi se conformer aux prescriptions d’un traité international dont les initiateurs – les Etats nantis – se servent pour mettre un terme à la « prolifération horizontale » sans qu’ils renoncent à leur « prolifération verticale » sinon numériquement du moins qualitativement ?

3. Traité relatif à l’interdiction complètes des essais nucléaires (TICEN).
Initiative américaine, ce traité a été signé en septembre 1996. Il proscrit toute expérimentation explosive atomique, les Etats signataires s’engageant à renoncer à de tels essais ou à y participer directement ou indirectement, quelle que soit leur nature. Le TICEN, soutenu par le président Clinton, devait entrer en vigueur six mois après qu’il eût été d’abord ratifié par les gouvernements des quarante quatre Etats (selon l’annexe 2 au traité) possédant des réacteurs atomiques de recherche ou de puissance).

Rappelons que sept nations ont procédé à des essais et qu’en ce qui concerne les Etats-Unis, ils ont mis au point, depuis 1945, plus de 70.000 ogives grâce aux enseignements de 1.030 explosions expérimentales dont 815 souterraines et 215 aériennes (de ces 70.000 ogives, il en reste quelque 10.000 dont la moitié est considérée comme étant opérationnelle. Le Département de l’énergie gérant une large fraction des matières fissiles ainsi récupérées).

Premier essai d'explosion nucléaire américainà Trinity (Nevada), le 16 juillet 1945)

Dès le début des années 60, les Etats-Unis avaient renoncé aux essais atmosphériques, mais poursuivi leurs expérimentations en souterrain, et cela jusqu’en 1992, le président Bush décidant de les suspendre en dépit des objections d’une fraction de la communauté scientifique américaine, plus particulièrement les grands établissements spécialisés, tels les laboratoires de Los Alamos et de Livermore qu’inquiètent le fait que depuis une douzaine d’années ils n’ont eu à concevoir aucune arme nucléaire nouvelle, le savoir correspondant disparaissant avec le passage des ans. Comment surveiller le vieillissement du stock atomique si on ne peut plus faire le test du bon fonctionnement d’un mécanisme complexe que le temps altère et qui, de toute manière, requiert un renouvellement tous les quinze ou vingt ans ? Les scientifiques de l’atome voudraient que fut maintenue la faculté de reprendre les essais maintenant prohibés à la fois pour s’assurer de la fiabilité des armements conservés, les renouveler et aussi entretenir les connaissances scientifiques et techniques correspondantes. A quoi le gouvernement avait répondu que l’évolution des techniques d’armement, comme d’ailleurs de nouvelles perspectives ouvertes par de récentes découvertes (simulation, travaux sur l’anti-matière, l’hydrogène-explosif) permettent de renoncer aux explosions expérimentales. D’où le TICEN. Mais aussi son rejet par le Congrès, en octobre 1999, les considérations scientifiques et techniques qui suivent justifiant cette volte-face de Washington.

B) Considérations sur les conséquences de l’innovation scientifique et technique

Les autorités américaines ont estimé qu’il était devenu possible d’entretenir une panoplie nucléaire sans procéder périodiquement à des essais : la gestion du stock avec les moyens scientifiques appropriés (Science based stockpile steward ship) aurait justifié la démarche de Clinton relative à l’arrêt des essais. Mais l’innovation permanente qui caractérise notre époque a aussi amené Washington à se déjuger en rejetant la ratification du traité alors que d’autres nations – dont la France – s’étaient empressées d’en appliquer les clauses.
Après avoir constaté les insuffisances du TNP – quant à son application – et le sort du défunt TICEN, on conçoit que Pyong-Yang et que Téhéran ignorent les textes internationaux qui auraient dû former la pierre angulaire d’une politique de désarmement nucléaire, les Etats-Unis donnant le mauvais exemple en cherchant à imposer aux autres Etats des contraintes dont ils se libèrent.

Ces conséquences du progrès scientifique et technique les voici résumées ci-dessous :

a. L’étude, la construction et la mise au point d’une charge explosive à fission d’atomes lourds, communément appelée bombe atomique peuvent être réalisées sans nécessiter des expérimentations.
L’assemblage des différents composants fonctionne à coup sûr si bien que, en ce qui concerne cette catégorie d’explosif atomique, il n’est pas possible d’exercer un contrôle autre qu’en amont, donc avec l’assentiment du pays producteur.
En revanche, l’explosion d’une bombe atomique crée une température si élevée – des dizaines de millions de degrés – qu’elle peut amorcer la fusion d’atomes légers et dégager ainsi une énergie considérable. Mais il est encore nécessaire, pour réaliser une arme thermonucléaire, de procéder à des essais. Et ce sont ces essais que le TICEN avait pour objet d’interdire, la fusion thermonucléaire – et les perfectionnements qu’elle permet – demeurant l’apanage des puissances nucléaires établies.
Toutefois, si finalement, le traité d’interdiction des expérimentations nucléaires est demeuré lettre morte, c’est à la fois qu’il était difficile d’en faire observer les clauses et surtout qu’il imposait aux Etats-Unis des contraintes qu’ils jugèrent préjudiciables à la sécurité – et à l’invulnérabilité future par l’atome – de la nation.

b. Il est donc entendu que les puissances nanties n’envisagent pas – ainsi que le prescrit le TNP – de renoncer à l’armement nucléaire. Elles s’efforcent de le perfectionner en lui incorporant progressivement les apports du progrès scientifique et technique.En particulier, il leur faut tirer parti des performances considérablement accrues des engins – bombes, missiles – projetant à distance l’énergie de destruction nucléaire.

C’est au cours des années 60 à 80, durant la guerre froide que les panoplies atomiques des deux superpuissances – soit 97 % des ogives construites – ont été constituées. A l’époque, les engins porteurs, bombes larguées d’avion, et surtout missiles balistiques de portée intercontinentale étaient imprécis. En ce qui concerne les missiles balistiques les écarts entre le milieu de l’objectif visé et la détonation se mesurait en kilomètres, si bien que l’on avait recours à de très fortes énergies – comptées en mégatonnes ou en plusieurs centaines de kilotonnes – afin de compenser les erreurs du tir. Aujourd’hui, les scientifiques ayant disposé de nouvelles techniques – par exemple le guidage par satellite ou, pour les missiles de croisière, le procédé « Tercom », les écarts probables sont évalués en dizaines de mètres, voire moins et des énergies relativement faibles suffisent à accomplir la destruction recherchée valorisant les kilotonnes de la gamme basse (par exemple de 1 à 5 Kt) en éliminant le recours aux mégatonnes.

Cette mutation technique, créée par l’amélioration des performances des vecteurs du feu nucléaire, a d’importantes conséquences :

-La généralisation des (relativement) faibles énergies rapproche les armements nucléaires des armements classiques établissant même une sorte de continuité entre le projectile classique le plus puissant et l’ogive nucléaire de faible énergie, réduisant un écart qui, jusqu’à ces derniers temps différenciait nettement les deux systèmes d’affrontement.
L’escalade, le passage de l’un à l’autre devient concevable, l’atome étant redouté à un niveau de violence où il était exclu qu’il puisse jouer un rôle, intimidation et, a fortiori, emploi.
D’où la banalisation de l’arme atomique et la perspective de détenir des moyens d’intimidation dès l’origine d’un conflit.
La nouvelle stratégie affichée par Washington tient compte de cette transformation de la relation qui a longtemps existé entre l’explosif nucléaire et ses différents vecteurs pour lui en substituer une nouvelle.

-L’intérêt militaire que présente désormais l’explosif atomique de la gamme kilotonique basse exclut pour une large part l’efficacité d’un contrôle international (par exemple par les systèmes de détections fonctionnant au profit de l’Agence atomique de Vienne).
La mise au point et, éventuellement l’essai d’explosifs de la gamme basse peuvent être réalisés clandestinement, en cavité souterraine, sans que les sismographes ne les révèlent.
A cet égard, les nations de grandes étendues sont privilégiées, d’autres le sont par l’instabilité permanente de leur environnement géographique.
Et voici mis à mal, le contrôle que devait exercer l’application du TICEN.
-Une nouvelle génération d’ogives nucléaires est à concevoir et à construire afin de remplacer une large fraction des charges à très forte énergie actuellement encore en stock et même opérationnelles. D’où une liberté d’action que le TICEN aurait restreinte et que le Sénat américain a évoqué pour refuser la ratification du traité, quitte à s’accommoder d’une certaine prolifération « horizontale », d’autant que la supériorité scientifique américaine permet d’explorer d’autres voies pour prolonger, en la modernisant, la panoplie nucléaire nationale.

-Manifestant les mêmes ambitions que le projet « Atoms for peace » du général Eisenhower, le président Bush aurait fait étudier un plan de gestion mondiale de l’énergie fournie par l’atome.
Le « Global Nuclear Energy Partnership » (GNEP) serait fondé sur la généralisation de nouveaux réacteurs producteurs d’électricité en consommant – donc en détruisant – le plutonium (militairement utilisable) et en évitant l’enrichissement de l’uranium, le combustible usé dans les centrales actuelles serait traité pour alimenter les futurs réacteurs (actuellement les 103 centrales atomiques des Etats-Unis ont produit 55 000 tonnes de combustible usé à stocker dans le Nevada).

La mise en œuvre du GNEP limiterait la prolifération horizontale des armements nucléaires.

Logo du GNEP

C. La bombe et l’Iran

La théocratie au pouvoir à Téhéran défend les avantages d’une discipline scientifique et technique que l’Occident exploite à contrecœur. Voilà un régime religieux qui est devenu l’avocat de la science de l’atome et qui entend que son peuple bénéficie des privilèges qu’elle confère. Ce serait une position largement approuvée par la population, du moins si l’on en juge par les manifestations populaires en faveur de la politique des mollah…

Il y a trois ans, Hassan Rowhani expert iranien dépêché à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) de Vienne, y déclarait : « Il n’est pas tolérable qu’Européens et Américains aient le droit d’explorer le cycle du combustible nucléaire, de posséder des centres atomiques et que l’Iran n’ait pas ce droit ».

Hassan Rowhani

Tandis qu’en Europe, fréquentes sont les manifestations anti-nucléaires, en Iran, étudiants et religieux s’offrent en tant que boucliers humains pour protéger les Centres de recherche atomique nationaux menacés par Washington et Tel Aviv.

La liberté « d’explorer le cycle du combustible nucléaire », selon la formule de Rowhani, est un argument majeur de politique intérieure. Il ne s’agit pas, seulement, d’assurer l’avenir énergétique de la nation mais, à l’instar d’un nombre croissant d’Etats d’être libre de maîtriser, sous toutes ses formes, la désintégration de la matière. N’est-ce pas le cas des cinq puissances qui procédèrent à des expérimentations atomiques avant le 1er janvier 1967 ?

A quel titre cette antériorité leur donnerait-elle le droit d’interdire aux autres nations ce qu’elles ont accompli ? argumentent les Iraniens.

Certes, pour plusieurs décennies encore l’Iran n’a pas à redouter la pénurie en ce qui concerne l’énergie fossile. Son sous-sol recèle plus de 25 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel et aussi près de 100 milliards de barils de pétrole. Non loin Chine, Inde et aussi Pakistan constituent des marchés rémunérateurs, leur développement respectif dépendant de l’importation d’énergie.

Mais, ainsi que tous les candidats à l’accès au club des Etats atomiques l’Iran justifie sa politique en invoquant aussi la nécessité énergétique. De surcroît, comme Téhéran est importateur de produits alimentaires, son territoire étant peu favorable à l’agriculture, cette forme de dépendance est coûteuse et la rente énergétique aujourd’hui, l’autonomie en la matière demain, s’avèrent indispensables.

Si l’Iran n’a pas ménagé la France, ni plus généralement l’Occident, en revanche il n’a pas eu à se louer des interventions étrangères et les manifestations du nationalisme iranien contemporain ont aussi pour origine les événements d’un récent passé :

-La Seconde Guerre mondiale a fourni l’occasion aux Soviétiques et aux Britanniques d’occuper militairement l’Iran. Les troupes russes n’évacueront l’Iran qu’en 1946.

-Au début des années 50, alors qu’augmente la rente pétrolière le premier ministre, Mossadegh, créateur en 1947 d’un parti nationaliste s’en prend aux profits de l’Anglo-Iranienne et veut nationaliser la production pétrolière. Washington et Londres interviennent, font pression sur le Chah qui destitue le premier ministre.

-En 1973, le Chah entend à son tour détenir, au profit de l’Iran, la maîtrise de la production pétrolière dont le revenu annuel atteint 24 milliards de dollars. Soucieux d’accroître la puissance de son pays il l’arme avec l’achat de matériels américains et encourage les recherches de ses scientifiques dans le domaine nucléaire. Aidé, d’ailleurs par la France.

- En 1961 il avait visité les centres de Recherche atomique de Saclay.

-En décembre 1974, Jacques Chirac, Premier ministre, signe à Téhéran l’entrée de l’Iran dans EURODIF, entreprise de production de l’uranium destiné à l’alimentation des centrales nucléaires produisant de l’électricité. L’Iran prend une participation au capital de l’entreprise, prête 1 milliard de dollars et doit recevoir, en échange, 10 % de l’uranium enrichi. France et Allemagne, en outre, devaient fournir à l’Iran ses premières centrales atomiques.

-En 1978, la France accueille Khomeiny qui s’installe à Neauphle-le-Château d’où il diffuse des appels à la révolte contre le régime impérial iranien. Abandonné par ses alliés occidentaux le Châh est contraint à l’exil en 1979.

Au pouvoir à Téhéran, Khomeiny s’empresse de dénoncer l’accord de 1974 et de réclamer le remboursement du prêt de 1 milliard de dollars. Les réticences de la France amenant l’Iran à recourir au terrorisme : prise d’otages, attentats, assassinat de George Besse et du général Audran, actes de terrorisme qui ne cesseront qu’avec le remboursement du milliard de dollars en plusieurs tranches de 300 à 350 millions de dollars.

-Enfin, lors de la guerre Irak-Iran, la France prend nettement parti pour Bagdad contre Téhéran.

Ainsi, on le voit déjà, lourd est le contentieux Irano-occidental. Mais les exigences de la politique énergétique des Etats-Unis vont plus loin encore :

-La guerre d’Irak a amené les Etats-Unis à occuper ce pays et déployer des troupes à la frontière occidentale de l’Iran.

-La lutte contre le terrorisme, à l’une de ses sources, a conduit l’OTAN, c’est-à-dire les Etats-Unis, à s’installer en Afghanistan à la frontière orientale de l’Iran tandis qu’au nord, sur les rives de la Caspienne, Washington aimerait, selon Mme Albrigth, « prendre en main les destinées du Caucase ». D’où un encerclement américain, à l’ouest, au nord, à l’est…

-Enfin, la prolifération nucléaire horizontale gagnant du terrain, voici maintenant que les voisins de l’Iran sont des puissances militairement nucléaires : Russie, Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord.

Pourquoi pas nous ? disent les mollah, suivis par l’opinion.

Il est difficile de savoir où en est exactement le projet atomique iranien.

Le procédé choisi semble être celui de la séparation de l’uranium 235 (militairement utilisable) de l’uranium 238, c’est-à-dire l’enrichissement à un pourcentage final élevé du 238 au profit du 235 (90 %). Techniquement, sur divers sites dont ceux de Natanz, Farayand, Pars, Trash, les Iraniens auraient installé en « cascade » des centrifugeuses P1 construites selon les indications du professeur pakistanais Abdul Q. Khan.

D’après le Bulletin of the atomic scientish (1) ce serait à Natanz que se trouverait l’installation la plus importante avec le projet d’y faire fonctionner six groupes de 164 centrifugeuses montées en série et capables d’enrichir une forte quantité d’uranium.

Les scientifiques iraniens auraient construit les réservoirs et les « fours » nécessaires pour élever la température de l’hexafluorure d’uranium (UF6) avant introduction dans la série des centrifugeuses. Le centre de Natanz aurait été conçu pour recevoir de 50.000 à 60.000 centrifugeuses, les 3.000 premières d’entre elles étant mises en place au cours du présent trimestre.
Ce serait à Isfahan que fonctionnerait l’équipement transformant l’uranium naturel en hexafluorure. On apprend ainsi qu’en mai 2006, 110 tonnes d’hexafluorure auraient été produites (soit de quoi construire plus d’une vingtaine d’armes nucléaires).

D’après les spécialistes 1500 à 1800 centrifugeuses suffisent à produire de l’uranium enrichi à 90 % pour construire une arme nucléaire par an.
Resterait à agencer le mécanisme de la bombe et sans doute à passer des centrifugeuses P1 au modèle perfectionné P2.

En ce qui concerne la production d’assez d’uranium enrichi pour être militairement utilisable, on en serait à quelques mois, mais il faudrait encore deux ou trois ans avant d’être en mesure de construire une arme nucléaire militairement utilisable (ou, au plus tôt en 2009).

Pareille perspective passe pour être inquiétante. A moins, hypothèse optimiste, qu’à l’instar de tous les Etats qui ont précédé l’Iran dans la course à l’atome militarisé, celui-ci ne devienne qu’une assurance contre le recours à la guerre et un brevet d’autorité scientifique et technique national.

Légitimement, l’Etat d’Israël entend demeurer l’unique puissance atomique au Proche-Orient et les Etats-Unis souscrivent à cette ambition.

Le site du réacteur nucléaire de Dimona en Israël

Mais ils savent que dans l’épreuve de force actuelle l’Iran a de solides atouts :

-D’abord les Etats-Unis sont engagés en Irak, Afghanistan et maintenant au Liban (sinon militairement au moins politiquement). Et leurs engagements militaires sont soumis à des rudes épreuves.

-La crise latente de l’énergie fossile et la production iranienne incitent à la prudence, d’autant que Chine et Inde comptent sur la production iranienne. De surcroît, le coût du baril est déjà assez élevé sans y ajouter les effets d’une interruption de fournitures iraniennes.

-L’Iran détient, par Hezbollah interposé, les moyens de la reconstruction politique du Liban et aussi peut décider de la survie de l’Etat d’Israël. Et Washington en tient compte.

-Le marché iranien divise les censeurs de la politique énergétique de Téhéran. Interdit aux Etats-Unis, il est encore ouvert, inégalement, aux pays européens.
-Si la Russie et la Chine affichent aussi leur intention de détourner l’Iran de ses objectifs militaires, cela afin d’être politiquement « convenables » il n’en demeure pas moins que leurs deux gouvernements sont rangés aux côtés de celui de Téhéran, membre comme eux, du « Groupe de Shanghai ».
Moscou fait achever la construction de la centrale de Busheir que les Allemands avaient partiellement montée et dans le gigantesque affrontement qui se prépare outre Atlantique et Pacifique, la nucléarisation des puissances émergentes de la zone Asie-Pacifique n’est probablement pas pour leur déplaire.

-L’Iran a montré, au cours des années 1985 à 1997 combien redoutable était le terrorisme qu’il était capable de placer au service de sa politique.
C’est pour cela que, depuis plusieurs années, l’on « négocie », l’Iran gagnant le temps nécessaire à la réalisation de ses projets et ses adversaires affichant des résolutions qui demeurent verbales.

Aussi le président Mahmoud Ahmadinejad peut-il déclarer : « l’Iran ne suspendra pas, même pour une journée, l’enrichissement de l’uranium mais accepte de poursuivre d’honnêtes négociations ».

Aussi, Etats-Unis comme Européens (Grande-Bretagne, Allemagne et France) envisagent-ils, maintenant, de reprendre les négociations sans imposer, au préalable, l’arrêt de l’enrichissement redouté.

L’Iran a su tirer parti de ses atouts. La crise libanaise, bien opportunément, enrichit son dossier, la FINUL y étant un précieux otage. Et aussi le « maniement » des Katousha menaçant l’Etat d’Israël à partir des implantations palestiniennes de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Général Pierre- Marie Gallois
Août 2006

(1) Bertrand Goldschmidt, l’Aventure atomique. Paris. Fayard 1962. p. 122

 

A lire sur le même sujet (cliquer sur le lien) :

Etre fort, résister, tenir tête… A quelle fin ?

De l’atome dans tous ses états…Et de la Corée du Nord !

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