dimanche 30 avril 2017

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

La France est frappée de chorée aiguë…

Invoquer Saint Guy n’est pas suffisant, tant nos désordres économiques sont grands…
Regard attentif de Pierre Jeanthon, président de « France royaliste », que nous remercions...

Tout est politique ! Certes… Mais « l’économie » nous en dit long sur l’état de santé du royaume de France…

Portemont, le 14 juillet 2007

Ici les cols blancs, là-bas les bleus.

Il est communément admis que la vie économique des nations évolue selon un schéma identique :

  • D'abord l'agriculture, longtemps considérée comme unique source de richesses (secteur primaire).
  • Puis la révolution industrielle du XIXe siècle et l'apparition d'une production de masse dans les premières années du XXe (secteur secondaire).
  • Ensuite le développement des services dans la seconde moitié du siècle dernier (secteur tertiaire).

            A l'examen de cette trajectoire, nombre d'analystes anglo-saxons n'hésitent pas à prophétiser "ce que fut la physique au XXème siècle, la biologie le sera au XXI".
            Ce qui s'énoncerait en d'autres termes : le règne de l'Amérique par l'application des sciences physiques à l'industrie peut être reconduit grâce au développement des sciences de la vie : OGM, thérapie cellulaire….
      Pour l'heure et en résumant à l'extrême, nous dirons que :

  • Le primaire et le secondaire participent directement à la création de biens matériels marchands.
  • Plus divers le secteur tertiaire recouvre les services :
      • A toutes les structures productives (comptabilité, logistique, assurance…)
      • Aux personnes (aides sociales, restauration…)
      • A eux-mêmes (gestion financière)

La mesure des activités propres à l'ensemble de ces secteurs permet d'établir les bilans et indices sur lesquels le gouvernement définit une politique économique et en contrôle l'application.
Le mode d'obtention de ces données statistiques est semblable pour tous les Etats développés de sorte qu'il est possible de les utiliser pour en comparer la "santé économique".
Nous considérerons 3 résultats (emploi, production industrielle et balance du commerce extérieur) pour 4 Pays : France, Angleterre, Allemagne et Etats-Unis.

  • France :
  • 93 700 emplois ont été crées sur le premier trimestre 2007 selon le résultat de l'addition :
  • bâtiment           = + 11 300
  • industrie           = -    9 400
  • services            = + 91 800

            Particulièrement dynamiques, les services ont été dopés par l'informatique (60% des offres d'emploi pour les cadres) et l'intérim.
            Le chiffre "industrie" illustre le recul continu du "made in France" pour un secteur qui a perdu 85 000 postes en 2005, 65 000 en 2006 et prévoit déjà d'en perdre 53 000 sur l'année en cours. Ainsi en décembre prochain, les effectifs de l'industrie auront régressé de 6% sur trois ans à environ 3 300 000 personnes.
            Bien que la polémique sur les chiffres du chômage soit toujours ouverte, il est pratiquement acquis qu'à fin mai celui-ci représentait 9,2 à 9,7% de la population active. Quoiqu'il en soit, une telle valeur nous relègue au dernier rang du classement des pays de la zone euro et nous remercions la Slovaquie et la Pologne avec respectivement 11,8 et 11% de chômeurs se sacrifiant pour tenir la queue du peloton de l'Europe des Vingt Sept.
            En raison de ce qui précède, notre production industrielle n'a augmenté que de 1,1% sur 2006 considérée à juste titre comme un bon millésime puisque sur la période janvier 2000 – avril 2007, notre croissance industrielle n'excède pas 3,8% !
            D’où la débâcle du commerce extérieur pour lequel on retiendra les 29,2 milliards € de déficit en 2006 pendant que 2007 ne s'engage guère mieux, puisque malgré un mois de mars négatif de "seulement" 1,65 milliards € le déficit cumulé sur 12 mois atteint déjà 26,4 milliards €.

  • Angleterre :
  • Le chômage oscille entre 5 et 5,5% depuis janvier 2006.
  • L'industrie manufacturière en décroissance constante depuis les années 90 n'emploie plus que 2,97 millions de salariés, ce qui était le chiffre constaté en 1978.
  • A priori la mutation économique de ce pays vers le tertiaire devrait s'achever puisqu à ce jour, les services (principalement financiers) représentent aujourd'hui presque les ¾ du PIB britannique.
  • Sur 2006, le déficit du commerce extérieur battait tous les records à 126,4 milliards €.

            En fait, une inflation annuelle supérieure à 3% laisse peu de marge de manœuvre à la Banque Centrale pour ramener son taux directeur en deçà de 5% ; d’où l'envolée de la livre à presque 2 dollars et la gêne correspondante pour les exportateurs.

  • Etats-Unis :
  • Avec un chômage quasi stable à 4,5%, l'évolution des effectifs salariés est bien représentée par les chiffres mensuels des créations d'emplois.

A titre d'exemple, sur mars et mai cumulés :
               - bâtiment        = + 56 000
               - industrie         = -  35 000 (moyenne mensuelle sur un an : - 17 000)
               - services         = +313 000 (dont 108 000 dans les secteurs santé, éducation)
                                        -------------
                      Solde        = +334 000

  • Malgré l'érosion des effectifs, la production industrielle est en hausse de 2,3% sur 12 mois.

Ce phénomène repose sur deux causes essentielles :

  • Des gains de productivité permanents de 2,1% par trimestre.
  • Une industrie très orientée sur les produits de haute technologie à forte valeur ajoutée.
  • Bien que l'ampleur du déficit du commerce extérieur, 762,6 milliards €, donnerait le vertige à n'importe quel pays de la zone euro, il n'en est rien outre-Atlantique, puisque les fournisseurs des Etats-Unis financent leur client en achetant ses Bons du Trésor…miracle du dollar…

Allemagne :

  • De 11,4% en janvier 2006 le chômage passait à 9,1% en mai 2007 et devrait frôler les 8% à la fin de l'année. La performance est d'autant plus spectaculaire que pour ce pays qui "digère" sa réunification, le chômage est de 7,5% à l'Ouest et 15,2% à l'Est.

            Les entreprises allemandes ont un besoin urgent de 48 000 ingénieurs ; malgré le retour au travail des seniors en hausse de 14% et un chômage jeune en recul de 26% la pénurie est telle que les industriels pressent le Gouvernement Fédéral d'autoriser les "importations" d'ingénieurs Indiens et Chinois.

  • La production industrielle s'est accrue de 7,7% en 2006 et dans certains secteurs (machine outil, mécanique de précision…) les prévisions pour 2007 sont supérieures à 9%.
  • Enfin on rappellera l'excédent du commerce extérieur à 161,9 milliards € qui en 2006 maintenait l'Allemagne en tête des exportateurs mondiaux.

En conclusion :

  • L'économie anglo saxonne achève sa mutation vers le tertiaire sans craindre les effets de sa désindustrialisation :
    • Qu'importe un déficit commercial élevé quand le fournisseur finance le client : et d'ailleurs peut-on parler de déficit alors que 70% des exportations chinoises sont le fait de sociétés occidentales implantées dans l'Empire du Milieu ?
    • Qu'importe la perte d'un savoir faire industriel si on conserve un moyen de pression sur les "ateliers du monde" ? Par exemple en contrôlant les exportations de produits hautes technologies, domaine dans lequel la biologie est prête à prendre le relais de la physique.
    • Qu'importe la perte des emplois industriels puisque des situations de quasi monopoles permettent les embauches dans le tertiaire. Que ce soit sous forme de produits immédiatement assimilables par le marché (assurances, services boursiers, industrie financière) ou sous forme d'investissements à terme (éducation, recherche et développement).
  • L'Allemagne se contente de développer ce qu'elle sait faire, mais elle le fait très bien : l'expérience acquise dans la mise en œuvre des matériaux et la mécanique rend son industrie incontournable dans de nombreux domaines.

      En quelques années une gestion rigoureuse de la manne financière issue de cette position dominante lui a permis d'élever son audience internationale au niveau de sa réputation industrielle…il est loin le temps ou on parlait du géant économique et du nain politique!

  • Et la France ?

      Par son déficit extérieur, sa désindustrialisation et la croissance du tertiaire, elle semble proche du modèle anglo saxon, aux différences près que

    • la réduction de ses effectifs industriels n'est pas totalement compensée par des gains de production.
    • Les postes créés dans le tertiaire (services à la personne, fonction territoriale…) ne génèrent pas de richesses marchandes.

Ecrasée sous le poids croissant du Code des Impôts et de celui du travail, la France n'aime toujours pas son industrie ; ce divorce est largement mis en relief par l'orientation scolaire et la faiblesse de nos investissements productifs.

Nous consacrons notre temps, notre énergie et nos finances à inventer des remèdes nouveaux pour traiter le chômage au lieu de promouvoir nos structures industrielles.

De la conception d'un produit un peu sophistiqué jusqu'à sa maturité commerciale, il faut parfois 8 à 10 ans : pour qu'un jeune actif intègre le marché du travail avec une formation adéquate il faut 20 ans…depuis sa conception, toutes durées largement supérieures aux divers quinquennats républicains.

Situation analogue chez nos voisins ? Certes, mais chez nous plus qu'ailleurs, il importe aux gouvernements successifs d'afficher leurs différences de sorte qu'en perpétuelle recherche de changements les uns réforment les réformes de leurs prédécesseurs pendant que la France danse d'un pied sur l'autre…sur place.

Pierre Jeanthon

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.